Fuel for the Hate Game – Hot Water Music

Sorti le 28 février 1997

On a exprimé ces dernières années notre amour pour la musique en solo de Chuck Ragan, versant davantage dans le registre folk, mais on sait qu’il a un «passé» avec son groupe Hot Water Music, plutôt du côté punk. On a décidé de replonger dans les tout débuts du groupe, avec son premier album, Fuel for the Hate Game, lancé en 1997.

L’album touche au punk-rock, mais aussi au post-hardcore et à la musique emo, faisant ressortir une facette de Chuck Ragan que l’on ne connaîtrait pas si on écoutait seulement son folk. La voix est par ailleurs partagée avec Chris Wollard et cela donne plusieurs moments assez criards. On reconnaît aussi l’énergie des années 90, avec un mix assez brut et des instruments qu’on entend très clairement – la basse de Jason Black nous saute par ailleurs assez vite aux oreilles! Notre écoute commence avec 220 Years, avec plusieurs excellentes idées musicales, bien qu’on accroche un peu moins sur le style de lignes vocales qu’on nous propose ici. C’est amené de façon un peu plus égale dans Turnstile sans sacrifier de son intensité punk, ce qu’on apprécie beaucoup!

Dans Blackjaw, les 2 vocalistes semblent se renvoyer la balle, du moins dans la première moitié de la chanson… le reste tombe soudainement en mode instrumental, ce qui nous surprend sur le coup, mais qui nous permet au moins de pleinement apprécier la musique sans distraction. S’ensuit une Trademark mid-tempo assez sentie, avec des mélodies qui restent même un peu en tête! Mais c’est la suivante qui est restée comme piste incontournable de Fuel for the Hate Game : Freightliner est une assez solide chanson à boire punk, dans laquelle on aime surtout les arrangements (et un peu moins les voix, mais c’est souvent ainsi dans notre cas!). On ferait d’ailleurs des commentaires similaires pour The Sleeping Fan, sentie mais criarde à la fois. Précisons au passage que cette dernière est un peu plus longue que nécessaire, alors qu’on a essentiellement fait le tour en 3 minutes!

Nous voilà déjà dans le dernier droit de l’album, avec Facing and Backing, au refrain plus efficace que ses couplets, la criarde Rock Singer (il y a bien un passage plus doux dans le dernier tiers, mais c’est trop peu trop tard!), la groovy North and About – probablement la proposition la plus solide de cette fin d’album –, Difference Engine, entraînante et pleine de conviction et, enfin, Drunken Third, conclusion sentie d’un album parfois assez intense.

On n’avait que 6 ans lorsque Fuel for the Hate Game a vu le jour, et on n’a certainement pas le même attachement que quelqu’un qui aurait pu découvrir cette musique à l’adolescence. On n’a donc pas le facteur nostalgie pour jouer en sa faveur, mais on apprécie de découvrir les racines punk de Chuck Ragan. On aurait évidemment personnellement préféré quelque chose de plus nuancé comme proposition, surtout qu’on sait que les chanteurs en sont parfaitement capables, mais serait-ce encore vrai du punk de la 2e moitié des années 90 si c’était le cas? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas une musique qu’on écouterait en boucle trop longtemps, à moins qu’on soit dans exactement le bon mood, mais il y a quelque chose de fascinant de replonger dans cette époque avec nos oreilles d’aujourd’hui.

Version étendue

Supposant qu’on n’a pas assez d’une quarantaine de minutes de cet album, il est possible de prolonger notre plaisir avec une version étendue, ajoutant 6 pistes de plus, dont 2 démos! La première, You Can Take the Boy Out of Bradenton, nous inquiète toutefois un peu parce qu’on a laissé de côté tout sens de la nuance. Hate Mail Comes in August est légèrement plus digeste, mais on est encore loin du registre des meilleures chansons de la version de base de l’album. Il faut attendre à Elektra pour atteindre un niveau similaire au reste de l’album, ce qui n’est pas trop tôt! Things on a Dashboard n’est pas déplaisante non plus avec ses différentes énergies, bien qu’on sente que la piste étire un peu la sauce (c’est d’ailleurs la seule à dépasser les 5 minutes). Et, comme mentionné plus haut, il reste 2 démos à cette version, Difference Engine (Demo) et The Sleeping Fan (Demo), 2 pistes qui ne sont déjà pas parmi nos préférées, cette fois en version encore plus brute. Ce n’est évidemment pas mauvais, mais ces pistes s’adressent avant tout aux vrais fans!

C’est d’ailleurs le mot d’ordre qu’on dirait de cette version de Fuel for the Hate Game qui dure, rappelons-le, 64 longues minutes. À part Elektra qui aurait aisément pu prendre sa place dans l’album, le reste ne vaut pas spécifiquement le détour, à moins de vraiment beaucoup aimer Hot Water Music. On irait même jusqu’à dire que ça dilue certains des meilleurs éléments de l’album, ce qui est à éviter autant que possible, mais à l’époque, on faisait peut-être un peu moins attention à cela qu’aujourd’hui…

À écouter : Turnstile, Trademark, Freightliner // Version étendue : Elektra

7,6/10 (régulier) // 7,4 (version étendue)

Par Olivier Dénommée


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