Aloe – Joseph Ehrenpreis

Sorti le 1er janvier 2026

Voilà 400 ans que le compositeur de l’époque élisabéthaine John Dowland (1563-1626) est décédé, mais sa musique, notamment celle pour luth, a quand même traversé le temps jusqu’à aujourd’hui. Le guitariste basé à Los Angeles Joseph Ehrenpreis lui consacre d’ailleurs l’entièreté de son nouvel album Aloe, fraîchement lancé en ce début d’année. Et, premier constat : même si l’âge des compositions se compte ici en siècles, celles-ci ne semblent pas avoir pris une ride.

Le nom de John Dowland ne nous était pas inconnu, mais on ne peut pas dire qu’on est familier avec son œuvre, située autour de la fin de la Renaissance et du début du baroque. Joseph Ehrenpreis a choisi 11 des ses pièces préférées du répertoire de Dowland et en livre une interprétation moderne et dépouillée, à commencer par le bref Prelude, P 98 qui aurait, a-t-on l’impression, pu être composé la semaine dernière tellement elle est intemporelle! L’interprétation et l’enregistrement y sont aussi probablement pour beaucoup, donnant une certaine «chaleur» à la pièce, loin d’être déplaisante dans un monde où la musique classique est souvent considérée comme très froide.

Ce constat est aussi vrai pour les pièces qui vont suivre, toutes jouées en solo, avec une énergie presque contemplative – ce qui explique peut-être le côté spirituel de la pochette d’album. On se laisse ainsi porter par l’efficacité des pièces comme Lachrimae Pavane, P 15, Fantasie, P. 1a, Semper Dowland, semper dolens P 9, The Queen’s Galliard, P 97, ou encore la finale (et pièce-titre) Aloe, P 68, morceau solennel très réussi, pour ne nommer que celles-ci. Malgré l’âge des œuvres, elles s’écoutent aussi bien aujourd’hui, même quand on n’a pas le réflexe d’écouter ce genre de musique sur une base régulière!

Quelques mentions spéciales à travers notre écoute : Mr. Dowland’s Midnight, P 99 nous rappelle un peu le style de Gustavo Santaolalla (à qui l’on doit notamment la bande sonore de The Last of Us), nous laissant croire que ce dernier s’est peut-être lui-même laissé influencer par Dowland dans certaines de ses propres compositions. Quant à The Frog Galliard, P 23a, on pourrait croire que Dowland a pu inspirer Nobuo Uematsu dans certaines pièces de Final Fantasy IX, un rapprochement qui nous fait grandement apprécier les liens qu’on arrive à trouver entre différents compositeurs même quand les siècles et les continents les séparent!

Notre premier contact avec Joseph Ehrenpreis a été avec la sortie de Saman, un EP de versions à la guitare de la musique d’Ólafur Arnalds, pourtant davantage associé au piano qu’à la guitare. Avec l’album Aloe, Ehrenpreis nous confirme qu’il est aussi à l’aise de rendre justice aux artistes d’aujourd’hui que de dépoussiérer des pièces vieilles de plus de 400 ans. Cette sortie aura eu l’intérêt de nous ouvrir un peu plus sur la musique d’une époque qui nous semble si lointaine, mais qui peut toujours résonner avec nos sensibilités d’aujourd’hui. La musique de Dowland a été reconnue dans certains cas pour sa mélancolie et ça tombe bien, parce que 400 après sa mort, quand on regarde l’état du monde, on ressent assez spontanément cette mélancolie! Sans dire que vous devriez écouter en boucle Aloe, on vous suggère quelques bonnes écoutes (ce n’est pas excessivement long, seulement un album d’une trentaine de minutes!) et, si vous êtes un peu aventureux, de comparer avec d’autres versions enregistrées précédemment pour constater la couleur qu’a su apporter Joseph Ehrenpreis avec cet enregistrement. Quoi qu’il en soit, il y a certainement de pires façons de commencer l’année 2026 en musique.

À écouter : Mr. Dowland’s Midnight, P 99, The Frog Galliard, P 23a, Aloe, P 68

Par Olivier Dénommée


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