
Sorti le 20 février 2026
Même si son précédent album, Rushmere, a été lancé il y a moins d’un an, le groupe folk-rock Mumford & Sons n’a pas attendu avant de revenir avec Prizefighter, sa 6e offrande studio. Les nouvelles chansons auraient été écrites autour de la sortie du dernier album et ont été coproduites par Aaron Dessner (de The National). Particularité de cet opus de presque 50 minutes : il contient plusieurs collaborations, chose qui n’était pas particulièrement fréquent dans la discographie du groupe.
Sortir 2 albums en moins d’un an peut vouloir dire différentes choses : soit que le groupe a été extrêmement inspiré à la fin du processus de création de Rushmere (à notre avis, l’album n’était pas mauvais, mais n’était pas fort de façon assez égale pour se démarquer avantageusement), soit il est juste resté dans ses pantoufles et a écrit un peu plus de la même chose sans se poser trop de questions. On espère évidemment que ce soit la première option! L’ajout de collaborations (4 sur 14 pistes, donc pas la majorité, mais nettement plus que tout ce qu’on a pu entendre auparavant) peut aussi aider à donner un second souffle au style de Mumford & Sons qui peut sembler avoir stagné ces dernières années.
Notre écoute ouvre d’ailleurs sur Here, avec le chanteur country Chris Stapleton, assumant justement un côté plus country. La proposition n’est pas inintéressante, mais elle n’est pas exceptionnelle non plus. On devine que le groupe non plus ne trouvait pas cette chanson exceptionnelle, n’en ayant même pas fait un extrait! En revanche, la suivante, Rubber Band Man avec Hozier, a bien été mise de l’avant et avec raison : la construction de la chanson est efficace, avec un build-up réussi et les voix s’additionnent très bien pour une proposition solide. On aimerait plus de chansons de cette qualités de la part de Mumford & Sons!
The Banjo Song est un autre extrait, au contraire beaucoup plus simple dans sa structure. Le banjo est, comme on est en droit de s’y attendre, au premier plan, et les mélodies sont plutôt senties. Peut-être est-on en retard pour le réaliser, mais on trouve ici en particulier que Marcus Mumford sonne beaucoup comme Noah Kahan. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi comme Kahan est une étoile montante dans le registre folk ces dernières années! La suivante, l’émotive Run Together, nous paraît plutôt familière, nous rappelant certaines chansons passées du groupe. Le segment plutôt doux de l’album se poursuit le temps de Conversation with My Son (Gangsters & Angels), qui devrait sur papier nous porter, mais qui contient un peu trop de longueurs à notre goût, notamment dans la première moitié; on parle aussi de la plus longue chanson de l’opus, avec presque 5min30, ce qui n’est pas excessivement long, mais qui manque peut-être de punch ici.
La douceur demeure encore quelques chansons : Alleycat s’écoute bien sans être spécifiquement mémorable, alors que la chanson-titre Prizefighter (par ailleurs un extrait) propose un moment minimaliste mettant de l’avant ses quelques mélodies senties, surtout durant les refrains. Mais on avoue avoir hâte à entendre de nouveau des chansons un peu plus énergiques! On nous écoute heureusement avec l’arrivée de Begin Again, moment folk-rock simple mais efficace. S’ensuit une nouvelle collaboration, Icarus avec Gigi Perez et… on n’est pas convaincu de la proposition et on passera vite à la suivante, malheureusement! On apprécie pas mal plus Stay, qui comme Run Together nous donne une petite nostalgie des chansons passées de Mumford & Sons.
La dernière collaboration de l’album est Badlands avec Gracie Abrams, et celle-ci est la 2e plus réussie (sur 4, derrière celle avec Hozier) de l’album, avec quelque chose de plutôt planant, quoi qu’il y a quelques lignes qui nous font davantage penser à du Foster the People qu’à du Mumford & Sons, un constat qu’on n’avait pas prévu faire aujourd’hui! On apprécie les voix assumées de Shadow of a Man, menant à une I’ll Tell You Everything folk toute simple et assez réussie, avec comme seul défaut de se terminer trop vite à notre goût! L’album se conclut sur Clover, un autre morceau émotif, mais cette fois parmi les plus réussis de l’album! Le fait qu’elle se démarque parmi un album chargé en chansons déjà douces est signe de la force de la composition. Malheureusement, ce n’est peut-être pas tout le monde qui se rendra jusqu’à la toute fin de l’album, ce qui serait extrêmement dommage! Quand même, on salue le band pour avoir décidé de conclure sur une bonne note avec cette chanson sentie!
Dans l’ensemble, Prizefighter n’est pas un mauvais album, mais cela reste difficile de se démarquer avantageusement dans la niche folk-rock ces temps-ci et ça paraît que Mumford & Sons cherche encore à se réinventer, notamment avec ses collabs. Le résultat a toutefois été mitigé à notre avis; le groupe est un bon caméléon et a su se coller aux styles des différents invités, mais justement il a perdu au passage son identité à quelques reprises. Aussi, on doit dire qu’il y a beaucoup trop de chansons douces dans cet album, ce qui n’est pas peu dire venant de quelqu’un qui raffole de ce registre normalement! Un meilleur équilibre entre les différentes énergies aurait donné un peu plus de mordant à cet opus et pourrait aider à se rendre jusqu’à la fin d’album album relativement long.
À écouter : Rubber Band Man, Stay, Clover
7,4/10
Par Olivier Dénommée
En savoir plus sur Critique de salon
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.