My World Is the Sun – Dominique Fils-Aimé

Sorti le 20 février 2026

Assez rapidement après son premier album en 2018, Dominique Fils-Aimé s’est très vite taillé une place parmi les grandes chanteuses soul et jazz de notre ère. Son approche ne nous avait pas toutefois complètement convaincu à l’époque (ça arrive!) et on n’avait pas encore vraiment pris le temps de voir si notre perception avait évolué depuis. La sortie de My World Is the Sun, son 5e album studio, est l’occasion rêvée de se rattraper.

Avec cet album, le second d’une 2e trilogie commençant par Our Roots Run Deep, Dominique Fils-Aimé nous invite «dans un espace artistique libéré des cadres habituels, guidé par l’intuition, la présence et la résonance émotionnelle». En un mot, on doit s’attendre à être déstabilisé, avec une bonne dose d’émotions et un peu d’improvisation!

L’album ouvre sur quelque chose de très personnel : Ma mélodie [intro], un vieil enregistrement des années 70 où on entend sa mère chanter. Ce n’est pas très long, mais ça donne un peu le ton à la proposition, même si on va bien sûr complètement ailleurs par la suite! On a droit à des morceaux dépouillés à l’extrême, comme Sea of Clouds, où la voix de Fils-Aimé fait à peu près tout le travail. Le début de Sun Skin est aussi dans le même d’état d’esprit avant de gagner en intensité vers le milieu de la chanson, pour un résultat plutôt intéressant.

On est davantage habitué d’entendre Dominique Fils-Aimé en anglais qu’en français, mais Echappée belle est l’occasion de mettre de l’avant son énergie dans la langue de Molière avec une petite chanson chaude et légère, faisant momentanément oublier qu’on est toujours en plein hiver. Mais les choses deviennent véritablement sérieuses avec Phoenix Rising, morceau groovy et efficace à souhait! La suivante, The River, semble appréciée de nombreux auditeurs, mais pour nous elle ne prend tout son sens que dans la dernière minute et demie, quand les arrangements deviennent plus chargés!

La brève The Waves n’a pas tout assez de temps pour pleinement se développer que l’on se rend déjà à Freedom Become, à la montée lent mais très bien construite, avec notamment quelques solos (piano, puis trompette) bien amenés dans la seconde moitié. La plutôt simple Life Remains laisse ensuite place à un côté plus décontracté de la chanteuse. On n’accroche pas particulièrement sur la courte Catch Release, mais on doit dire que Going Home, malgré sa structure très minimaliste, est plutôt réussie. Moon Child prend quant à elle des airs de rituel assez long et lent.

S’ensuit la piste la plus longue de tout l’album : Rhythm of Nature, avoisinant la barre des 9 minutes! Sa longueur permet à Fils-Aimé de créer une musique empreinte de mystère, qui avait toutefois du potentiel pour devenir beaucoup plus explosive, elle qui est restée relativement modérée dans ses variations en intensité. L’album se conclut sur Ma mélodie [outro], la version par Dominique Fils-Aimé de la chanson chantée par sa mère en tout début d’album. Le clin d’œil est bien sûr très réussi et boucle bien la boucle! Bon, l’album n’est pas tout à fait terminé, puisqu’elle a inclus comme chanson bonus Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai de Francis Cabrel. La version piano-voix est évidemment sublime et chantée assez grande émotion de la part de l’artiste. On a un attachement particulier à la version originale, mais on peut reconnaître qu’elle se défend excessivement bien avec cette relecture.

Après avoir longuement écouté cet album, il ne fait aucun doute que Dominique Fils-Aimé sait ce qu’elle fait en écrivant ses chansons et qu’elle une chanteuse hors pair avec sa voix soul, mais c’est au niveau de certains arrangements qu’on accroche un peu moins. Elle brille pourtant très bien dans les chansons plus chargées comme Phoenix Rising, mais propose davantage de pièces minimalistes où ce ne sont à peu près que les voix qui font le travail, alors qu’on sait qu’elle est entourée de musiciens extrêmement talentueux qui ne demandent qu’à faire de la magie avec leur instrument sur plus de chansons. Malgré nos préférences très personnelles, on a l’impression que My World Is the Sun est surtout un album qui se savoure mieux en live que ce que les versions studio nous proposent, et donc que l’on n’a eu droit qu’à une fraction de toute l’efficacité dont Dominique Fils-Aimé et ses musiciens sont capables. Cet album doit donc servir selon nous d’amuse-gueule avant de pouvoir entendre la vraie magie opérer sur une scène.

L’album est entre autres accessible sur Bandcamp.

À écouter : Echappée belle, Phoenix Rising, Freedom Become

7,3/10

Par Olivier Dénommée


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