Joe Hisaishi by Floraleda Sacchi – Floraleda Sacchi

Sorti le 10 mars 2026

Règle générale chez Critique de salon, quand on parle d’un compositeur japonais, c’est pour de la musique de jeux vidéo, mais il nous arrive de faire de petites exceptions. Ce sera le cas aujourd’hui puisqu’on s’attarde à un album entièrement consacré à la musique du légendaire Joe Hisaishi, compositeur principalement associé aux plus grands films du Studio Ghibli. L’album en question, Joe Hisaishi by Floraleda Sacchi, met de l’avant la harpe de l’Italienne Floraleda Sacchi.

Cet album ne contient pas uniquement de la harpe (du moins pas sur toutes les pièces), mais les arrangements sont évidemment beaucoup plus dépouillés que bien des versions originales par Joe Hisaishi qui a créé beaucoup de très belle musique orchestrale au fil des années. L’opus ouvre sur A Town with Ocean View, tirée de Kiki’s Delivery Service, où Sacchi partage la lumière avec la violoniste Linda Hedlund, avec des arrangements légers et et assez simples, comme si on ne gardait vraiment que l’essentiel que la composition originale. C’est d’ailleurs le mot d’ordre général de cet album! Cela n’empêche évidemment pas de tenter de recréer les premières secondes plus tendues de Nausicaä of the Valley of the Wind avant de revenir à un long moment solo à la harpe. Si la proposition demeure généralement belle et apaisante, sa durée de plus de 7 minutes est un peu longue, surtout que l’on part d’une pièce de moins de 5 minutes! Ses arrangements à la harpe lui sourient davantage dans Hana-Bi, même si on doit avouer que cet instrument seul ne l’a pas facile pour recréer aussi efficacement un crescendo. Un violon aurait permis de donner encore plus de mordant à la pièce.

Mother de Kikujiro est une composition magnifique de Hisaishi, et on ne se plaindra pas du tout que Floraleda Sacchi prolonge un peu le plaisir en lui ajoutant plus de 2 minutes sur ses arrangements berçants à souhait. On est à peu près dans le même état d’esprit dans Princess Mononoke, thème du film du même titre, alors que Linda Hedlund est invitée à faire son retour le temps d’un autre très beau moment du musique. On reste dans le même film une petite pièce supplémentaire avec Ashitaka and San. Si la version de Sacchi est encore plus longue que l’originale, ses arrangements tout simples restent relativement proches de la vision de Joe Hisaishi. Reprendre à la harpe seulement Castle in the Sky semble une grosse commande alors qu’on part d’une pièce orchestrale plutôt chargée, mais elle réussit à conserver son essence tout en lui donnant une identité différente.

Passons momentanément dans la bande sonore de My Neighbor Totoro : The Wind Forest reprend de bien belle façon cette jolie pièce, sans fla-fla, alors que le thème My Neighbor Totoro se défend assez bien même si on part d’une chanson passablement chargée! La violoniste est invitée une fois de plus le temps de One Summer Day (de Spirited Away) et si sa présence est toujours très appréciée sur cet album, il faut dire qu’il semble manquer du charme de la version du film! S’ensuit une version simple et somme toute réussie de Porco Rosso, bien qu’on n’arrive pas à atteindre le même charme de la version initiale, avant d’arriver à la conclusion de cet album hommage à la musique de Joe Hisaishi avec Silencio de Parc Guëll. On n’aurait pas détesté une pièce tirée d’un film phare pour conclure avec plus de force, mais cela reste une bonne fin pour un album inspiré!

Même si l’album Joe Hisaishi by Floraleda Sacchi dure 52 minutes, l’écoute est loin d’être déplaisante et on peut dire que la harpiste italienne a assez bien rempli son mandat. Essayer de transposer à 1 ou parfois 2 instruments de la musique souvent orchestrale était un pari audacieux, et il est plus souvent qu’autrement difficile de surpasser une version qui a traversé les époques, mais elle s’est bien approprié plusieurs des pièces de Joe Hisaishi, en plus de faire un survol assez complet (en tout cas, aussi complet qu’un album de 12 pistes le permettrait!) de la vaste carrière du compositeur japonais. Ses nouvelles versions ne sont pas nécessairement meilleures, mais elles amènent dans certains cas l’énergie ailleurs avec son caractère minimaliste et dépouillé, permettant de découvrir ou de redécouvrir ces pièces sous une toute autre lumière. C’est donc pour nous une très belle proposition!

À écouter : Mother, Princess Mononoke, The Wind Forest

7,8/10

Par Olivier Dénommée


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