Banks of the Trinity – Cody Johnson

Sorti le 26 juin 2026

Parmi les genres qui sont davantage dans notre angle mort se trouve confortablement le country. Si on écoute régulièrement des sorties folk qui touchent aussi au country, le country plus «pur» nous est beaucoup moins familier et on s’y connaît beaucoup moins dans les artistes de la scène actuelle. Par ailleurs, on ignorait complètement l’existence de l’Américain Cody Johnson qui a récemment lancé son 10e (!) album studio, Banks of the Trinity, un album de 52 minutes que l’on a longuement écouté avec nos oreilles de non-initié!

Ce qu’on trouve fascinant avec le country, c’est le choix de thèmes qui reviennent naturellement. À commencer par Horseback, une chanson purement country, autant dans ses textes que son traitement musical. L’album est paru en 2026, mais on a aussi l’impression qu’il aurait pu exister en 1990 et on y aurait aussi cru! C’est aussi vrai dans la ballade country Hello Lonesome, et dans l’énergique Fool Proof, première collaboration de l’album avec le duo Brothers Osborne. Tout est calibré au quart de tour et tous les codes du country semblent être minutieusement appliqués ici. Cette observation s’applique tout autant sur la sentie Take Me Back (Leave Me There).

La chanson-titre Banks of the Trinity commence de façon plutôt quelconque, mais nous surprend par une performance vocale simple mais sentie de la part de Johnson. S’ensuit l’émotive I Want You, nous amenant à constater que le chanteur est vraiment à son meilleur dans les chansons plus tristes et empreintes de vulnérabilité. On n’a pas droit à la même magie dans I Have, malgré quelques mélodies très efficaces durant les refrains. Notons quand même le côté personnel de sa chanson Bible for a Boy (For Jaycee), une chanson au nom de son dernier fils, né en 2025, en plus de nous rappeler ses allégeances religieuses – ça nous semble très country comme façon de faire!

Une chanson retient notre attention chaque fois qu’on l’entend : Kissing a Married Woman. Les textes laissent croire à une histoire d’adultère, mais la fin du refrain vient toutefois nous rassurer : «I’ve been kissing a married woman / Thank God she’s married to me». On l’avoue, cette chanson nous fait pas mal sourire et c’est un assez bon coup de la part de Cody Johnson! S’ensuit la ballade Every Man, débutant efficacement en formule piano-voix, mais qui change quelque peu d’énergie avec la progression des arrangements. On aurait personnellement préféré rester à la formule du début! Dans le registre plus léger, Motel Miss You s’écoute bien, mais ne nous restera pas particulièrement en mémoire, alors que le country-rock Shoot the Bull fait appel à Luke Combs pour aider à nous faire taper du pied.

Quand on a entendu pour la première fois Cricket on a Hook, on s’est remémoré les chansons country créées par intelligence artificielle, souvent avec des sujets ridicules. Même type de mélodies, à peu près la même voix grave et des textes parfois surprenants sur un sujet bien précis! On a même vérifié par la suite que Cody Johnson était bel et bien un vrai artiste et pas un personnage créé par IA tellement on se sentait dans le même territoire! Juste après, on revient à la ballade avec un côté blues le temps de Time Bomb, une proposition qu’on ne déteste pas! La progression de Thank Somebody Country, une chanson très fièrement américaine, vaut aussi le détour, même si on se garderait personnellement une petite gêne si on était résident des États-Unis! Mais bon, quand on écrit une bonne chanson, ce n’est pas bien grave qu’elle ne soit pas entièrement de circonstance! L’album se conclut sur Yippy Ty Oh Hey Hey, chanson minimaliste en formule guitare-voix sans grande surprise même si elle est plus longue que la plupart des autres de l’album!

Mais une fois ces 52 minutes passées, que retenir de l’album Banks of the Trinity? On a des sentiments très partagés : d’un côté, les chansons cochent apparemment toutes les cases de ce qu’on attend de tounes country et rejoindront naturellement un public friand de ce registre, qu’on sait nombreux. De l’autre, ça semble tellement formaté qu’on aurait parfois l’impression qu’un prompt d’IA pourrait à peu de choses près recréer la même chose. Heureusement qu’on ressent assez bien l’émotion humaine de l’artiste dans ses chansons plus vulnérables! Pour notre part, on confirme que le country pur n’est pas notre registre de prédilection, mais qu’on peut apprécier, à petites doses, les bonnes mélodies country, surtout les plus senties.

À écouter : I Want You, Kissing a Married Woman, Thank Somebody Country

7,6/10

Par Olivier Dénommée


En savoir plus sur Critique de salon

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.