Things Were Never Good If They’re Not Good Now – Donovan Woods

Sorti le 12 juillet 2024

La série de critiques de la discographie de l’Ontarien Donovan Woods publiées au courant des derniers mois nous a tranquillement préparé à la sortie de son 7e album studio, Things Were Never Good If They’re Not Good Now, décrit comme son plus personnel, où il revient à la charge avec sa marque de commerce, un folk assez doux qui met bien en valeur sa voix empreinte de vulnérabilité et les histoires qu’il raconte à travers ses textes. Il décrit même cet album comme «des funérailles pour la vie qu’il vivait».

Cette fois, on n’a toutefois pas le loisir d’avoir un pas de recul par rapport à l’album, que l’on a commencé à écouter dès sa sortie. En ouverture d’album, Woods nous frappe avec Rosemary, chanson dont il a le secret pour décrire avec poésie une chicane de couple. Comme c’est souvent le cas, la musique est très simple, ce qui nous permet de nous concentrer sur les autres aspects de la chanson. Malgré cela, elle laisse place à certains crescendos bien placés (avec des passages plus chargés, notamment avec du saxophone et du piano), ajoutant à l’intensité du propos. Ironiquement, la suivante, 116 West Main, Durham, NC, réussit à être un peu plus chargée tout en respirant davantage. Elle n’a toutefois pas la même magie que Rosemary, même si elle s’écoute aussi bien.

Trompsingel (Another Life) nous semble instantanément familière, principalement à cause des similitudes mélodiques qu’on lui trouve avec Whatever Keeps You Going, tirée de son album Without People, même si la nouvelle chanson est un peu plus rythmée. Il revient à quelque chose de plus dénudé et vulnérable avec It’s Been Like That For a While et, dans une moindre mesure, Living Well, où il brille davantage.

Well Read nous laisse des sentiments partagés : d’un côté, elle offre un folk inspiré et un tantinet plus énergique que les chansons précédentes, mais de l’autre, certains choix artistiques deviennent des distractions, comme le sax qui ne s’incorpore pas toujours aussi bien qu’on aurait voulu, les arrangements parfois un peu plus chargés que nécessaires pendant quelques secondes seulement ou encore la séquence avec des voix en arrière-plan qui, comme on se tue à le répéter chaque fois qu’on en entend, n’ajoute que rarement quelque chose à la chanson. En revanche, il n’y a aucun fla-fla avec Back for the Funeral, du Donovan Woods pur jus. Don’t Talk to Her at Night suit avec un début très berçant fort réussi, mais au fur et à mesure que la chanson avance, elle devient de plus en plus chargée, ce qui lui fait perdre certains de ses charmes.

Les deux chansons suivantes laissent place à des duos : I’m Just Trying to Get Home (avec William Prince) et When Our Friends Come Over (avec Madi Diaz). La première est désarmante de simplicité et, si la voix de Woods aurait amplement suffi pour mener à bien la chanson, l’ajout de celle de William Prince vient efficacement renforcer son propos. Quant à la seconde, Donovan Woods a le don de bien s’entourer de voix féminines qui savent complimenter la sienne, et c’est une fois de plus le cas ici, un morceau empreint de mélancolie toujours très réussi. Après des morceaux aussi forts, la «dernière» All Raked Flat peine à toucher la cible. Sans être terriblement mauvaise, elle n’a pas la même finesse au niveau des arrangements et de la production, ce qui nous fait penser qu’elle aurait pu être coupée de l’album, tout simplement.

Les lecteurs au regard affûté ont constaté la présence de guillemets autour du mot «dernière» : c’est que plusieurs versions de l’album contiennent des pistes bonus. Celle que l’on a écouté en contenait 2, des chansons lancées indépendamment dans la dernière année. I’m Around offre une chanson plutôt enveloppante, à l’énergie qui sort légèrement de l’esprit général de l’album Things Were Never Good If They’re Not Good Now, ce qui peut expliquer le choix de le garder en bonus seulement. Enfin, How Good nous propose une efficace ballade piano-voix qui se donne un build-up presque coldplayien.

Le temps nous dira si nos perceptions changent, mais après quelques heures d’écoute intensive, notre conclusion est que Things Were Never Good If They’re Not Good Now est un bon album de Donovan Woods avec d’excellentes idées, mais qui ne nous touche pas de façon aussi égale qu’on aurait souhaité; ce n’est pas un Both Ways, mais on espère que Woods toute la visibilité à laquelle il a droit avec cette sortie contenant une fois de plus quelques petits bijoux de folk.

À écouter : Rosemary, Back for the Funeral, When Our Friends Come Over // Bonus : I’m Around

7,6/10

Par Olivier Dénommée


En savoir plus sur Critique de salon

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.