
Sorti le 30 août 2024
Comme nul n’est prophète en son pays, il semble que le groupe indie pop Valley soit plus populaire en Asie qu’en son Canada natal, mais ça ne lui a pas empêché de recevoir quelques nominations aux Junos ces dernières années. On s’est intéressé au 3e album du groupe récemment devenu un trio, Water the Flowers, Pray for a Garden, au titre laissant entrevoir des sujets plus personnels.
Musicalement, on a droit à de l’indie simple mais efficace, avec quelques petits moments plus près d’une énergie «boys band» ici et là, sans exagérer. L’album démarre avec la chanson-titre, offrant une bonne balance entre le questionnement existentiel des paroles et l’énergie de la musique. A Little More bifurque ensuite du côté du folk-pop, avec des mélodies plutôt réussies, mais qui aurait mérité d’être un tantinet raccourcie pour rester punchée; la montée de la dernière minute aurait probablement pu arriver un peu plus vite! Le groupe se permet même d’ajouter du banjo dans la suivante, Growing (Apart), tout en revenant à quelque chose de plus rock, pour un résultat étonnamment réussi.
Mais là où Valley brille le plus est dans les chansons plus chargées émotivement, telles que When You Know Someone. Le groupe a peut-être quelque peu poussé la note dans les arrangements, ajoutant beaucoup plus d’instruments que nécessaire (dont de l’harmonica, un solo de guitare et une fin au piano avec de la distorsion), mais le résultat demeure tout de même assez solide pour passer outre les quelques choix artistiques. On s’adoucit grandement avec Let It Rain, où la voix féminine (qu’on devine être celle de la batteuse Karah James?) se fait davantage entendre, ce qui donne une dimension plus légère et planante au tout. Dommage, la mélodie de la chanson n’est pas parmi les plus mémorables du lot!
S’ensuit l’hyperactive Crawlspace, difficile à oublier, surtout avec le build-up de la dernière minute (et les contagieuses lignes de claviers). Cela rend la suivante, Mosquito, beaucoup moins remarquable, elle qui contient pourtant d’excellents passages. Plus légère, du moins dans la première moitié, Bop Ba (ne nous demandez pas pourquoi le groupe a choisi ce titre plutôt que littéralement n’importe quoi d’autre) touche extrêmement bien sa cible. On passe toutefois rapidement à côté d’I Didn’t Even Ask for This pour aller à une (autre) chanson énergique extrêmement réussie, Bass Player’s Brother.
Et une fois de plus, l’énergie diminue dans la suivante, Life Goes On Without Me, et perd en même temps une partie de sa magie, malgré quelques passages fort inspirés qui s’y cachent. Enfin, l’album se conclut avec Cocoon, au titre approprié comme la chanson est enveloppante et berçante, mais pas sans une petite montée dont Valley a le secret. Seul vrai bémol, la chanson aurait dû se conclure au moins une trentaine de secondes plus tôt plutôt que d’étirer la sauce inutilement avec un passage au piano.
Pour résumer notre expérience avec l’album Water the Flowers, Pray for a Garden : comme bien des albums écoutés récemment, on n’a affaire à rien qui réinvente la roue, mais à peu près tout est joué avec une efficacité chirurgicale, exploitant les meilleurs éléments du vaste univers pop. On n’a pas eu l’occasion d’entendre comment sonnait Valley en formule quatuor, mais à aucun moment on n’a senti qu’il manquait quelqu’un pour que le gâteau lève ici. Dans tous les cas, on ne voit aucune raison de bouder son plaisir et on serait surpris que le groupe ne reçoive aucune nomination pour cet album très senti.
À écouter : When You Know Someone, Bop Ba, Bass Player’s Brother
8,0/10
Par Olivier Dénommée
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