Après, on va où? – Michel Rivard

Sorti le 31 octobre 2025

Michel Rivard fait partie du paysage musical québécois depuis les années 70 (notamment avec Beau Dommage), mais on n’avait encore jamais osé toucher à ses albums ici. Cela aura pris la sortie de son 10e album en solo, Après, on va où?, pour nous convaincre d’y prêter une oreille plus attentive afin d’écrire à son sujet. Cette sortie a de particulier d’être méditative, avec des thèmes comme le passage du temps traités avec poésie, des idées qui trahissent l’âge vénérable de l’auteur-compositeur-interprète de 74 ans.

L’album a été essentiellement enregistré en solo par Michel Rivard, et des ajouts ont ensuite été faits au en studio au niveau des arrangements lorsque c’était approprié, mais cela fait qu’on a droit à un album généralement assez dépouillé, qui laisse toute la place au chanteur et à ses textes inspirés. Cela commence d’ailleurs avec l’introspective L’homme qui me ressemble, avec laquelle on se laisse porter, à la fois par le propos de Rivard et pas les cordes qui y sont ajoutées.

Aucun doute, Michel Rivard n’a rien perdu de sa verve et de sa capacité à créer des univers poétiques. Même si on n’est pas équipé pour analyser toute la profondeur de ses textes, on peut apprécier sa poésie tantôt toute simple, tantôt très imagée. On ne peut donc que saluer l’efficacité de chansons comme À l’ombre dans le désert, la berçante La fabrication des fleurs sauvages, la sympathique Magnolia magnolia, ou encore Désirée (au refrain particulièrement réussi).

Notons qu’on accroche un tantinet moins sur certaines chansons, comme Les falaises rouges, presque trop lourde pour pleinement apprécier le propos du chanteur, ou encore Sous quelques lignes d’Apollinaire, qui malgré d’excellents passages, est un peu trop longue du haut de ses 6min16. En revanche, la touchante Les gens que j’aime se démarque grandement par ses textes tout simples, mais puissants et empreints d’ouverture. Mention à Oublier Johanne, chanson légère et plutôt comique qui, allez savoir pourquoi, nous fait un peu penser à Tout simplement jaloux de Beau Dommage (mis à part la voix, bien évidemment!). Peut-être le côté obsessif du chanteur pour la Johanne en question qui tente de peine et de misère de l’oublier? Quant à La guerre est finie, elle traite d’un sujet beaucoup plus d’actualité que ce qu’on souhaiterait : pas à cause de son titre, mais du thème de sacrifier des années pour se battre et à peu près tout perdre au nom d’un dirigeant (ici un roi). La fin aurait pu être moralisatrice, mais Rivard fait le choix de ne pas aller là et ça la rend pour nous d’autant plus forte comme on peut tirer nos propres conclusions.

Il est aussi intéressant de mentionner que l’opus contient 2 «intermèdes», simplement intitulés Intermède 1 et Intermède 2, laissant place à des moments instrumentaux très intéressants, même si l’attrait principal demeure d’entendre Michel Rivard chanter! Cela reste des ajouts pertinents dans le cadre de cet album. On conclut notre écoute sur la chanson-titre Après, on va où?, qui à travers sa simplicité prend une forme quelque peu théâtrale, nous rappelant que l’album sera présenté en spectacle sous forme de théâtre-récit. On n’avait pas nécessairement remarqué ce format avant d’arriver à la fin, ce qui est somme toute bon signe, parce que l’album se savoure bien dans sa forme actuelle, sans l’ajout du volet spectacle. On ne doute toutefois pas que le spectacle ne va que bonifier l’expérience!

Si on ne connaît pas en profondeur sa discographie, on peut dire avec assurance qu’on reconnaît ici la finesse associée depuis longtemps à Michel Rivard. Après, on va où? est pour le musicien un album bien de son temps de par son thème, tout en étant intemporel dans sa forme. On a envie de dire que c’est un tour de force de sa part, mais comme on a affaire à quelqu’un de la pointure de Michel Rivard, on doit plutôt dire qu’on n’en attendait pas vraiment moins de sa part! Ce n’est pas un album qu’on écouterait nécessairement sur une base régulière, mais c’est une sortie qui a de quoi faire réfléchir et qui mérite assurément quelques bonnes écoutes.

À écouter : L’homme qui me ressemble, Les gens que j’aime, La guerre est finie

8,2/10

Par Olivier Dénommée


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