La plus belle saison – Emilie-Claire Barlow

Sorti le 6 février 2026

On a toujours beaucoup de plaisir à suivre la musique de la jazzwoman ontarienne Emilie-Claire Barlow, et on avait bien hâte de voir ce qu’elle nous réservait avec La plus belle saison, son 15e album en carrière, qu’elle consacre entièrement à la langue française et en grande partie à la culture québécoise. Et évidemment, son petit accent anglo fait partie intégrante de la proposition musicale, ce qui fait partie du charme d’un jazz en français!

L’album ouvre sur Dans les rues de Québec de Charles Trenet. Même s’il s’agit d’une chanson française, on comprend bien le choix de l’inclure ici! Sa version légère et sautillante principalement accompagnée à la guitare rajeunit décidément cette chanson! Emilie-Claire Barlow ratisse visiblement assez large puisqu’on passe ensuite à Quelles sont les chances? de Damien Robitaille. Ce dernier est d’ailleurs invité à chanter sur sa propre chanson, et on ne déteste pas entendre ces entendre ces deux Ontariens qui ont été adoptés par le Québec collaborer en français. La relecture de la chanson propose une version légère, tout en étant plus touffue au niveau des arrangements que celle que Damien Robitaille avait enregistrée en 2012.

Barlow apporte aussi beaucoup de légèreté à son interprétation de Je suis en amour de Diane Tell. Sa voix jazz aide évidemment beaucoup, mais l’efficacité des arrangements sont aussi loin d’être déplaisants! Elle s’attaque ensuite à J’ai rencontré l’homme de ma vie, cette chanson intemporelle de Diane Dufresne. Le style feutré d’Emilie-Claire Barlow n’a, vous l’aurez compris, rien à voir avec celui plus flamboyant de l’interprète originale (quoi qu’elle se permet quelques petites acrobaties vocales à la fin), mais ce qui ressort, pour nous du moins, c’est son accent dans certains mots anglais contenus dans la chanson. La chanteuse se ferait certainement violence de prononcer «lift», «drink» ou «straight» à la québécoise, mais comme cela faisait partie du charme de la chanson originale, ça nous saute assez vite aux oreilles! Au contraire, elle donne un petit mordant bienvenu à Si doucement d’Harmonium.

Si vous trouviez que la chanson de Damien Robitaille était trop récente, vous allez être surpris de voir Comment t’aimer encore, une chanson de Belle Grande Fille (Anne-Sophie Doré-Coulombe, par ailleurs choriste sur cet album!) parue en 2023! On passe d’un folk minimaliste à quelque chose d’un peu plus habillé sans trahir l’esprit original, ce qu’on apprécie beaucoup. C’est tout de même audacieux d’inclure une chanson moins connue dans cette marée de classiques! La suivante est celle laquelle on doit le titre de l’album, Les deux printemps de Daniel Bélanger. Les arrangements sont plus audacieux de la part de Barlow et de ses musiciens et si on doit dire que c’est une version assez intéressante, il reste difficile de détrôner l’originale! Petite mention : en lisant les crédits, on découvre que le solo de sax qu’on y entend est livré par Mario Allard, musicien décédé tragiquement au début de l’année 2025. Nous sommes heureux de savoir que cet enregistrement ait pu avoir lieu avant son décès et que son talent soit encore mis de l’avant, même un an plus tard.

Plus légère, D’la bière au ciel (Jim Corcoran) est tout aussi ludique sous la main d’Emilie-Claire Barlow. On ne connaissait toutefois pas Jerrycan d’Anique Granger (la moitié féminine du duo Prairie Comeau), que l’on a eu le plaisir de découvrir dans le cadre de cette critique. On apprécie autant le côté brut de la chanson folk de Granger que celui plus jazzé de Barlow; chacune peut avoir sa place dans nos oreilles selon notre mood au moment de l’écoute! On va ailleurs dans sa version de Le vent m’appelle par mon prénom (écrite par Michel Rivard et Louis-Jean Cormier, rappelons-le!) et si on avait certaines réserves au début, cette relecture se défend finalement assez bien grâce à son build-up finement amené. L’album se conclut sur Pendant que de Gilles Vigneault avec, comme invité spécial… Gilles Vigneault lui-même! Chaque occasion d’entendre cette légende vivante sur enregistrement est à chérir, même si ce dernier ne se fait entendre que dans la dernière minute avec toute la sincérité qu’on lui connaît lorsqu’il prononce des mots. C’est tout ce que ça prend pour faire son effet et, symboliquement, c’est cette personnalité indissociable de la fierté québécoise qui a le dernier mot de l’opus de 46 minutes!

La plus belle saison d’Emilie-Claire Barlow est un très bel album et une encore plus belle lettre l’amour à la francophonie. On sent que l’amour entre la chanteuse et le Québec est réciproque et on estime que cette sortie mérite de connaître un bon succès. Cela reste bien sûr un défi de livrer un album aussi éclectique de reprises, dont certaines chansons moins connues et d’autres apparemment presque intouchables, mais il est presque assuré que vous allez avoir un petit coup de cœur dans le lot, alors on recommande sans hésiter d’y prêter une bonne oreille, et pourquoi pas d’ici la Saint-Valentin, d’autant plus que l’amour est un thème récurrent ici?

À écouter : Quelles sont les chances?, Si doucement, Le vent m’appelle par mon prénom

7,9/10

Par Olivier Dénommée


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