Johnny’s Dreamworld – Modern Woman

Sorti le 1er mai 2026

Le groupe de art-rock londonien Modern Woman vient de faire paraître son premier album studio, Johnny’s Dreamworld. Curieux, on a prêté une oreille à cette proposition d’à peine plus d’une demi-heure, mais on sort de cette écoute avec des sentiments partagés.

La chanteuse et fondatrice du groupe est Sophie Harris, ayant commencé en solo avant d’intégrer trois autres musiciens avec elle. Ensemble, ils créent des chansons touchant aux registres post-punk, avant-garde et folk avec un côté brut et parfois même garage. Quand c’est bien fait, cela peut très bien fonctionné, mais le dosage n’est pas toujours exactement à point, selon nous!

Commençons par la chanson-titre Johnny’s Dreamworld. Individuellement, les éléments musicaux fonctionnent, mais quand tout est mis ensemble, ça a un côté un peu approximatif qu’on n’est plus habitué de retrouver dans une sortie studio, sauf quand c’est volontairement vendu comme un enregistrement imparfait. Mais le plus dérageant est en fait la performance vocale de Harris, qui alterne entre les portions parlées et les lignes criardes. Comme entrée en matière, on aurait pu être plus convaincu! Elle est suivie de Neptune Girl, qui contient encore beaucoup des défauts de l’autre piste, mais qui, étrangement, fonctionne malgré tout un peu mieux! Peut-être est-ce parce qu’on sent que tout le monde va dans la même direction ici que l’on apprécie mieux la proposition, aussi imparfaite soit-elle.

Après des chansons plutôt explosives, Offerings commence de façon anormalement feutrée. On sent toutefois la tension tout au long de la piste, menant par ailleurs à quelques montées plus intenses. On n’est pas spécifiquement fan des portions chaotiques, mais ça fonctionne quand même dans l’ensemble plutôt bien, jusqu’à la dernière minute, qui pousse les choses encore plus loin. Cela nous rend un peu méfiant quand on écoute ensuite Killing a Dog et Daniel avec leur folk infiniment plus léger que tout ce qu’on a entendu jusqu’à présent de Modern Woman. Les mélodies restent audacieuses dans le cas de Killing a Dog en particulier, mais on nous confirme que le groupe est capable de moments un peu plus sentis et on ne s’en plaint absolument pas! Même Fork/Heart semble commencer de façon folk, mais on entend tout de suite l’intention d’aller ailleurs, qui se confirme assez rapidement! Le résultat est assez éclaté, et n’est pas tout à fait notre tasse de thé!

Blessed Day n’essaie pas de nous faire croire qu’elle est quelque chose qu’elle n’est pas : dès la première seconde, on a droit à un rock bien chargé et, vous savez quoi? On apprécie cette honnêteté ici! On aurait bien pris un peu plus de nuances ici, mais la chanson fonctionne quand même très bien dans sa forme actuelle, aussi saturée soit-elle. S’ensuit Dashboard Mary, revenant avec succès à quelque chose de vulnérable de la part de la chanteuse, bien appuyée par ses musiciens dans le premier tiers de la chanson. Un crescendo prend place peu après mais, au lieu de gâcher la piste, elle lui donne vite un second souffle, ce qui fait qu’on en oublie qu’elle dure tout près de 5 minutes! Même si certaines portions sont un tantinet trop intenses à notre goût, on ne peut nier que ça fait son effet! La chanson aurait selon nous été une parfaite conclusion, mais cet honneur revient plutôt à The Garden, une dernière chanson douce, presque fantomatique, avec du piano, un peu de cordes et beaucoup de voix. La chanson n’est pas mauvaise, mais ça sonne juste un peu trop comme un enterrement pour trouver qu’elle rend bien justice à la fin de cet album!

Si on avait à résumer notre expérience avec Johnny’s Dreamworld de Modern Woman, on dirait que ça a été une écoute en dents de scie, avec beaucoup d’inégalités et de choix artistiques pour le moins audacieux. Ce n’est assurément pas pour toutes les oreilles, et si on a réussi après deux jours à apprivoiser, voire apprécier, certain segments plus corsés (particulièrement de la part de la chanteuse), on pense que le groupe est capable de passer son message d’une façon plus efficace s’il le désirait.

Cet album est notamment accessible sur Bandcamp.

À écouter : Daniel, Blessed Day, Dashboard Mary

6,9/10

Par Olivier Dénommée


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