
Sorti le 11 février 2022
Cela aura pris près de 5 ans après son album Désherbage (et une petite pandémie au passage) pour que Benoit Pinette, plus connu sous le pseudonyme Tire le coyote, lance en 2022 un 5e album studio. Au premier tour de l’évidence revient à une formule folk un peu plus traditionnelle, délaissant du même coup l’énergie plus rock qu’il a incorporée dans plusieurs chansons. Il laisse aussi davantage de place à des voix féminines.
Mais une chose ne change pas, et c’est la poésie de ses textes. L’opus ouvre avec Mes yeux affichent complet, bref morceau où on n’entend pas Tire le coyote, mais plutôt Joséphine Bacon livrant un texte inspiré. Mais l’album ne démarre véritablement qu’avec la chanson-titre Au premier tour de l’évidence, offrant un folk-rock chargé, notamment avec beaucoup de voix en arrière-plan. La suivante, Sillonner la lenteur, est aussi chargée à sa façon, y allant de certaines passages de trompette qui ajoutent de l’intensité au tout. Un segment complet, débutant peu après 1min30, est aussi particulièrement lourd et intense. On en vient même à oublier la voix de Pinette, longtemps l’élément qui ressortait le plus de sa musique! On doit quand même mentionner que ces changements drastiques d’énergie rendent parfois difficiles de suivre la chanson lorsqu’on n’est pas à 100% concentré sur celle-ci.
On revient à quelque chose de plus minimaliste avec Trésorière, laissant ainsi toute la place pour la poésie de Tire le coyote. C’est aussi là qu’on peut prendre le temps de réaliser qu’il a mis de côté le tremolo qui a longtemps été sa marque de commerce. La chanson contient tout de même un petit build-up sympathique pour sa dernière minute, ce qui ne fait jamais de tort. Nous brûlons jusqu’aux os commence avec des sons, incluant le chant des oiseaux et un train qui passe, mais ça devient vite plus intéressant avec un puissant duo vocal entre Pinette et Katie Moore. Les deux sont vraiment dans leur élément ici. On a ensuite droit à une Je me dis toute en simplicité, mais pas sans quelques chœurs enlevants, décidément omniprésents au fil de cet album.
Le morceau instrumental et ambiant À fleur d’eau nous guide, comme une musique de spa, tout doucement vers la seconde moitié de l’album, à commencer par Matière première, douce et magnifique ballade country. Les chœurs et les cuivres ajoutent au côté berçant de la chanson. Quant à Mathilde, elle ramène un peu de guitare électrique, de claviers et de tension. Les arrangements sont réussis, mais ils prennent vite le dessus sur la voix alors qu’on aurait préféré un meilleur équilibre entre les divers éléments. On met de côté tous les artifices avec La couleur du vent, nous menant doucement à la finale de l’album, Quand tout espérait demain. Le folk sombre est ici accompagné d’un subtil enregistrement de bruits de la nature, qui s’étire toutefois jusqu’à la toute fin de la chanson.
Dans à peu près chaque album de Tire le coyote, un ou deux éléments ressortent tout de suite. Dans le cadre d’Au premier tour de l’évidence, c’est la forte présence de chœurs de voix féminines, qui donnent à la fois de la beauté et de la force aux arrangements de la majorité des chansons, sans qu’on en abuse. Quand même, on doit dire qu’on ne retrouve pas tout à fait la même force dans les compositions qu’on a pu retrouver dans Désherbage par exemple. Rien n’est mauvais, mais on ne sent pas qu’on a affaire à quelque chose d’intemporel non plus. Mais cela reste un album qui s’écoute somme toute très bien, alors pourquoi s’en priver?
À écouter : Au premier tour de l’évidence, Nous brûlons jusqu’aux os, Matière première
7,5/10
Par Olivier Dénommée
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