
Sorti le 4 octobre 2024
Cela faisait quelques années qu’on n’avait pas suivi la musique du pianiste norvégien Tord Gustavsen, mais on a eu envie de retrouver son trio et de voir comment sa musique jazz avait évolué depuis notre dernière écoute. On s’intéresse ici à son album de 2024, Seeing, décrit comme un nouveau chapitre dans sa série d’enregistrements en trio, voulant selon l’artiste aller davantage à l’essentiel, autant dans la vie qu’en musique. Cela se traduit par un album un tantinet plus court – 44 minutes au lieu de la plupart de ses albums dépassant la barre des 50 minutes voire plus – et un mélange de compositions originales et de pièces tirée du répertoire classique ou traditionnel amenées à sa sauce bien à lui.
L’album démarre d’ailleurs avec Jesus, gjør meg stille, tirée du répertoire traditionnel. Elle prend un peu de temps avant de vraiment commencer, mais on retrouve quand même assez vite le charme du jazz scandinave à travers quelques belles envolées du pianiste, mais on apprécie infiniment plus The Old Church, laissant toute la place à la douceur. La pièce-titre Seeing propose quant à elle une petite dose de mélancolie bien sentie.
S’ensuivent 2 cantates de Jean-Sébastien Bach, que Gustavsen se réapproprie de belle manière : Christ lag in Todesbanden, puis Auf meinen lieben Gott, mais admettons qu’on a un faible pour la seconde, au dosage particulièrement efficace. Fait intéressant, la prochaine, Extended Circle, est en fait le titre d’un album précédent de Tord Gustavsen, bien que ce dernier ne contenait pas de pièce portant ce titre! Comme quoi le titre l’inspirait assez pour écrire 10 ans plus tard cette composition à la fois douce et enlevante (surtout dans la portion des solos dans la 2e moitié!). Le seul bémol qu’on pourrait lui trouver est qu’elle semble s’étirer un peu plus longtemps que nécessaire vers la fin, mais c’est à peu près tout.
Piano Interlude – Meditation suit avec un morceau en solo assez sombre et empreint de mystère, menant à Beneath Your Wisdom, elle-même avec une énergie quelque peu similaire. Ce n’est pas le ton qu’on préfère dans la musique de Gustavsen, mais il faut dire que l’exécution est, comme c’est souvent le cas, irréprochable. Nearer My God, to Thee est la dernière pièce qui n’est pas une composition originale (celle-ci est associée à Lowell Mason), mais le trio en a livré une version magnifique et délicate. Il revient à quelque chose d’un peu plus standard pour lui (mais d’aussi agréable à écouter) pour la finale de l’album, Seattle Song.
On ne peut pas dire que la magie du Tord Gustavsen Trio n’opère pas dans l’album Seeing. À peu près tout l’album s’écoute tout seul et nous rappelle pourquoi cet artiste est devenu un incontournable depuis plus de 20 ans. Il n’y a pas de bons mots pour adéquatement décrire Seeing… le mieux est de simplement écouter ce qu’il a à offrir pour comprendre, à condition d’aimer un tant soit peu un jazz doux, limite spirituel dans ses thèmes.
À écouter : Auf meinen lieben Gott, Nearer My God, to Thee, Seattle Song
8,1/10
Par Olivier Dénommée
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