
Sorti le 22 août 2025
On a récemment fait la découverte de la jazzwoman canadienne (originaire de l’Alberta, mais ayant fait ses études supérieures à Montréal) Caity Gyorgy, dans le cadre d’une brève performance live, et on a vite eu envie d’en entendre plus d’elle, ce qui nous a mené à son plus récent album, Caity Gyorgy with Strings, en collaboration avec Mark Limacher aux arrangements et à la direction d’orchestre.
Caity Gyorgy est encore dans la vingtaine, mais elle a une esthétique nous ramenant immédiatement au bon vieux jazz du milieu du siècle dernier. L’ajout des cordes à son ensemble l’accompagnant ne fait qu’accentuer l’impression d’écouter un hommage au Great American Songbook, les fameux standards qu’à peu près tout le monde a repris maintes et maintes fois au fil des décennies. Et pourtant, en observant les crédits, on se surprend de constater que c’est Gyorgy elle-même qui a composé ces chansons, nous confirmant qu’elle n’est pas qu’une chanteuse, mais aussi une redoutable compositrice qui maîtrise parfaitement l’énergie du jazz de cette ère, le tout dans un album très bref (26 petites minutes).
Quand on entend That Doesn’t Matter, comment ne pas imaginer une chanson d’amour jazz sautillante qui aurait pu être écrite par Cole Porter ou une autre sommité de la première moitié des années 1900? Il faut dire que les arrangements (avec des cordes, oui, mais aussi beaucoup de vents, particulièrement des cuivres!) et la voix de la chanteuse contribuent à nous transporter vers une autre époque. Notons que la chanson est aussi assez courte, ne dépassant les la barre des 3 minutes : on a donc fait le choix de ne pas inclure de solos qui prolongent immanquablement les pistes jazz, une attention que l’on apprécie beaucoup puisque cela nous permet de simplement profiter de la beauté de la composition!
S’ensuit You’ll Learn, morceau lent et senti mettant bien de l’avant la richesse de sa voix. Cette dernière n’as pas la même légèreté séduisante d’une Diana Panton (une de nos voix jazz canadiennes préférées!) par exemple, mais elle se défend excessivement bien en allant dans des registres qui la mettent en valeur. Cela reste aussi vrai dans le début plus minimaliste de Train Wrecked Dining Car. À l’inverse, la chanteuse se fait longuement attendre dans If I’d’ve Known, n’arrivant que dans la deuxième moitié de la piste de 4 minutes, laissant donc beaucoup de place aux arrangements de cordes pour briller avant de reprendre la vedette. Même si on est un grand fan de musique instrumentale, on avait bien hâte de l’entendre, signe qu’elle demeure l’attraction principale, même si l’enrobage musical reste solide.
I’ve Been Kicking Myself semble tout avoir pour être un standard de jazz, avec un petit tiraillement dans les textes et des mélodies simples et aisément mémorables. Parfois, c’est vraiment tout ce que ça prend! Quant à Sight to Behold, on joue un peu entre les énergies, alternant entre un jazz léger où la chanteuse est bien de l’avant et d’autres petits segments instrumentaux plus explosifs (tout en gardant intact l’esthétique déjà établie au fil de l’album). Memo 267 nous ramène de nouveau vers une chanson lente et émotive, toujours avec la même efficacité! On conclut toutefois sur une note de légèreté avec la sympathique Pour for the Hour.
Pour arriver à un album de 26 minutes en 8 chansons, Caity Gyorgy a été à l’essentiel dans l’ensemble de ses chansons, et c’est très bien ainsi. On s’avoue quand même un peu surpris de l’absence généralisée de moments improvisés, une signature pourtant difficilement contournable dans le jazz, d’autant plus qu’on sait que la chanteuse est une adepte du scat; elle aurait pu aisément nous impressionner si elle avait décidé de le faire, mais a fait le choix artistique de la simplicité. Elle doit probablement garder ses élans d’improvisations en spectacle, donnant une raison de plus de vouloir l’écouter en live! En tout cas, on comprend mieux pourquoi elle a déjà commencé à collectionner les prix Juno, elle qui semble déjà s’imposer parmi les grands talents jazz de sa génération au Canada.
Cet album est disponible sur Bandcamp.
À écouter : That Doesn’t Matter, You’ll Learn, I’ve Been Kicking Myself
8,1/10
Par Olivier Dénommée
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