
Sorti le 8 juin 2018
Poursuivons notre série consacrée à discographie de Noé Talbot, que l’on explore à rebours. Cette fois, on est rendu en 2018 avec la sortie de Laisser le poste ouvert, un album de compositions plutôt long (on parle de 53 minutes, quand même!) qui combine son énergie punk et ses sensibilités folk comme il sait si bien le faire.
Talbot se permet même une petite introduction, Intro – Rentre au poste, bref moment acoustique qui donne bien le ton pour les propos abordés au fil de cet album, avec tantôt des propos engagés, tantôt des réflexions poétiques. Justement, on apprécie beaucoup les textes de Vivants, par ailleurs portés par une musique énergique qui leur donne une certaine assurance. La suivante, L’essentiel, entre aussi dans la catégorie des chansons qui font du bien à écouter. Mention très spéciale à l’énergique Faire front à la mort, qui ouvre sur les paroles «Et des deux bords d’la frontière / J’vois les gens devenir fous» : si on ne savait pas qu’il s’agissait d’un album de 2018, on aurait pu jurer que les paroles ont été écrites la semaine dernière tellement ça reste d’actualité.
Le début de l’album est solide, mais 4 ans est tout aussi contagieuse, notamment avec l’utilisation judicieuse d’une trompette dans les refrains. Noé Talbot savait décidément comment écrire des tounes accrocheuses il y a 8 ans! Il se lance ensuite dans Tu erres, une chanson douce et émotive où entend aussi la voix de Geneviève Toupin. Il s’agit d’une très belle chanson, mais ironiquement comme elle fait face à autant de chansons incontournables, elle manque d’un petit quelque chose pour vraiment se hisser parmi les meilleures. La peur s’estompe passe ensuite à un folk-rock sympathique, qui prend un air plus vulnérable (et légèrement criard) dans la deuxième moitié.
Après Interlude – Lettre de démotivation (un autre morceau acoustique, mais avec une durée qui aurait pu être une chanson complète s’il l’avait voulu!) s’ensuit la ludique chanson punk Cabrel. Talbot nous fait aussi voyager le temps de Matagami – Timmins – Rouyn, avant de faire grincer les dents sur Anarchie (Pt II). Cette dernière est un produit de son temps, particulièrement dans les références au politiciens de l’époque, mais son message n’est pas moins pertinent (et cinglant) encore aujourd’hui. La durée de l’album a tout de même comme effet une petite fatigue à l’approche de la fin, ce qui fait qu’on n’accroche pas nécessairement autant sur Si le sol me veut, mais on retient les paroles sages de D’une rive à l’autre, particulièrement «Y’a pas d’justice en ce monde / Ça fait longtemps que j’l’ai compris / Les plus sages savent qu’on n’gagne jamais / On perd ou ben on apprend». La suivante, 26 lettres, nous propose une solide ballade piano-voix, avec comme petit bémol les bouts où le chanteur crie plus que nécessaire; on n’est pas obligé de se rappeler à chaque chanson qu’il a l’âme d’un punk! Et on conclut notre longue écoute sur la chanson-titre Laisser le poste ouvert, dernière toune punk bien chargée.
Pour résumer notre expérience avec l’album Laisser le poste ouvert, on peut dire qu’on reconnaît toujours le Noé Talbot qu’on écoute ces dernières années, confirmant qu’il maîtrise cette énergie depuis belle lurette. L’album est en général très fort, mais il aurait été possible d’en faire une sortie un peu plus brève et plus punchée pour être encore plus accessible. Comme on parle d’un album de 53 minutes, il y avait du lousse pour ne garder que la crème de la crème, surtout que le début de l’album a mis la barre presque trop haut pour la suite! Quand même, on doit lui donner que même ses chansons plus «faibles» restent solides, un gage de son talent à l’écriture. Cela nous donne naturellement envie de poursuivre notre exploration de sa discographie dans un avenir pas trop lointain!
Il est possible de trouver cet album sur Bandcamp.
À écouter : Vivants, L’essentiel, 4 ans
8,1/10
Par Olivier Dénommée
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