
Sorti le 4 décembre 2025
Cela semble faire une éternité que l’on n’a pas écouté la musique de Tamara Weber, qui jouait encore à l’époque sous le nom de Tamara Weber-Fillion. Son dernier album, Destinations, est paru en décembre dernier et est composé de 12 chansons principalement écrites en 2024 dans le cadre d’un projet de lancer une nouvelle chanson par mois. Pour l’occasion, Weber s’est associée à Mathieu d’Andrade (aussi appelé LeMind) pour l’aider à travailler ses chansons.
L’album est présenté comme «12 chansons, 12 destinations», nous laissant croire à une forme de voyage. Dans les faits, on voyage surtout dans la tête de Tamara Weber, qui s’est énormément ouverte sur différentes pistes. Destinations est aussi un mot qui se dit autant en français qu’en anglais, ce qui n’est pas anodin puisque l’on a affaire à un album bilingue qui alterne essentiellement entre les 2 langues.
C’est par ailleurs en français que l’opus ouvre, avec Fraude. Déjà là, on sent la chanteuse se rend vulnérable en se remettant en question, un thème qui sera par ailleurs récurent tout au long de l’album, et surtout lorsqu’elle chante en français. Musicalement, on s’approche davantage d’une pop avec des influences électroniques, ce qui n’est pas nécessairement le style que l’on aurait spontanément associé au propos chanté ici! On passe à l’anglais dans Lot of Love et on doit souligner que Tamara Weber semble écrire plus naturellement en anglais, ce qui s’entend dans l’efficacité de son refrain.
Bagay sou pwen est un peu une exception dans cet album : elle est chantée en français, mais aussi en créole et en wendat, en collaboration avec Sandrine Masse, donnant une chanson énergique assez impressionnante et inspirée! Selon ce qu’on a pu lire, quelques musiciens ont apporté leur touche à l’interprétation : en plus de chanter, Sandrine Masse a aussi joué du sax, et Azalée Baillargeon y a joué de la basse en plus de programmer les percussions. C’est peut-être le bon moment de mentionner qu’il est évident qu’une drum machine a été utilisée dans la grande majorité des chansons de l’album, mais que quand ça ne sonne pas trop boboche, ça fonctionne. Dans le cas de Bagay sou pwen, on n’y a vu que du feu, alors la qualité des sons et le mixage étaient assez bons pour que ça se fonde dans l’ensemble. Elle est suivie d’une des chansons incontournables de l’album, I’m Here. Même si c’est en français que la chanteuse se rend la plus vulnérable, elle semble faire une exception pour celle-ci. Son refrain à lui seul vaut le détour. «I’m alive / I’m alone / I’m here» répété à plusieurs occasions, c’est vraiment tout ce que ça prend pour fonctionner! On apprécie aussi le piano de Philippe Larocque pour l’occasion.
Il y a de ces chansons qui semblent tellement personnelles qu’on se sent presque voyeur de les écouter trop souvent. Déni fait partie de ces chansons, avec des textes incroyablement vulnérables de la part de Tamara Weber. Et, on ne se le cachera pas, c’est même assez déprimant à écouter! Il y a bien une petite éclaircie dans la dernière minute, mais ça arrive un peu tard! Il faut aussi parler des arrangements. C’est malheureusement ici que la production a le plus de difficulté, principalement avec la drum machine qui sonne cheap alors qu’on devrait droit à un moment de musique senti et authentique. See the World revient à une pop plus conventionnelle, mais qui fonctionne bien. S’ensuivent l’efficace Spirale et Feu de camp (qui malgré son titre français est entièrement chanté en anglais), 2 chansons qui se surpassent dans leur refrain.
Sans être au même niveau que Déni, Mesure de silence semble être une autre chanson très personnelle de l’artiste, qui met visiblement ses tripes dans ses textes. Le dosage est généralement assez bon ici, et un seul moment nous surprend, à la toute fin (à 3min9) où on semble doubler la cadence pour finalement changer d’idée aussitôt et revenir au beat initial avant de terminer la piste. Chaque fois qu’on entend ce bout (qui dure littéralement une seconde), on se demande pourquoi ne pas avoir assumé le dernier refrain avec une batterie plus rapide, ce qui aurait justement permis de conclure avec plus de punch! Sur Play with Fire, Olivier Campeau est invité à ajouter sa guitare à l’ensemble, et ça paraît dans les arrangements! La dernière chanson en français est Tout ce qu’il reste, chanson aux accents reggae sympathiques, et la conclusion de l’opus revient à What Else Can I Feel, qui est forte mélodiquement, mais beaucoup moins convaincante au niveau des arrangements. Encore une fois, la drum machine devient dérangeante et le son de piano ne nous semble pas être d’assez grande qualité, ce qui nuit à l’ensemble. C’est dommage, mais il aurait été mieux de finir en force sur une autre chanson, par exemple Feu de camp!
On a des sentiments partagés envers l’album Destinations parce que c’est une sortie incroyablement sentie de la part de Tamara Weber, mais sans avoir les moyens d’amener toutes ses chansons au niveau qu’elles méritaient vraiment. Dans les années récentes, même un enregistrement maison parvient à faire de la magie et à accoter un enregistrement studio pour le commun des mortels, alors c’est certain que cet aspect fait mal à l’appréciation de certaines chansons, selon nous principalement celles que l’on a soulignées dans cette critique. Espérons que pour sa prochaine sortie elle aura le moyen de ses ambitions parce que ses compositions méritent d’être appuyées par une musique aussi forte que ses textes!
Il est notamment possible de trouver l’album sur la page Bandcamp de l’artiste.
À écouter : Bagay sou pwen, I’m Here, Feu de camp
6,9/10
Par Olivier Dénommée
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