
Sorti le 19 février 2026
Si on a un peu suivi les débuts en solo de Frank Custeau (du défunt groupe Les Conards à l’Orange), on l’a quelque peu perdu de vue ces dernières années. C’est qu’il a plus récemment pleinement assumé son côté indépendant l’amenant à lancer son 3e album solo, Agnostique, qui a bien failli passer sous notre radar! On a vite voulu savoir où en était rendu ce punk réformé dans sa démarche musicale.
D’entrée de jeu, mentionnons le côté extrêmement bref de cet album, durant à peine 23 minutes et demie! Heureusement pour lui, sa proposition est assez dense, ce qui peut aider à lui pardonner ce choix artistique (et, on le devine, probablement monétaire aussi). L’album ouvre sur la solide chanson-titre Agnostique, où il se questionne sur la voûte céleste sur fond rock bien amené. Par le passé, on a connu un Frank Custeau mi-sérieux, mi-railleur, et on peut dire qu’on apprécie ses propositions plus réfléchies comme celle-ci. Le thème de la religion s’invite indirectement dans la prochaine chanson, Le Loup… puisqu’il est question d’une agression sexuelle par un curé. La chanson est troublante en soi, mais elle l’est encore plus quand on apprend qu’il s’agit d’un fait vécu par le père du chanteur, qui est mort sans jamais dénoncer publiquement son agresseur. Autant la chanson est forte (et nécessaire), autant on a un inconfort de faire de la musique avec un événement familial, mais Custeau ne semble pas avoir peur de parler de ce qui est proche de lui! La réflexion existentielle se poursuit avec Multivers, un regard ludique sur les différentes «versions» qu’aurait pu être le chanteur.
Par la suite, on a droit à quelque chose d’un peu plus léger, avec Paresseuse, en duo avec Kéö. C’est doux musicalement et beaucoup moins sérieux au niveau des thèmes. C’est aussi très court, avec moins de 2 minutes, servent en quelque sorte de démarcation entre le début plus profond et la suite qui se prendra en général moins au sérieux. La suivante, Boomer, nous fait par ailleurs sourire, puisque Custeau ne veut plus se faire traiter de «boomer» (terme devenu une insulte avec les plus jeunes générations), lançant lui-même quelques roches au passage à cette vieille génération à la fin de la piste. S’ensuit une Final Girl assez légère et plutôt entraînante.
Les 2 dernières chansons de l’album sont extrêmement chargées en informations. La première, Doux doux doux, avec Sandy Grenier, est une ode à la musique underground – pas mal ce que fait Frank Custeau –, avec une touche d’autodérision puisque ce n’est pas parce qu’on fait ce qu’on a envie qu’on va payer le loyer. Ajoutons une petite couche de références, avec la contre-mélodie durant le refrain, qui ressemble quand même beaucoup à celle de Walk on the Wild Side de Lou Reed. Est-ce une simple coïncidence de reprendre quelque chose ressemblant à une chanson du frontman du groupe The Velvet Underground alors que l’underground est le thème central de la chanson? Que ce soit voulu ou non (on n’a pas vu passer la confirmation ou non à ce sujet), juste de penser que ce soit une possibilité nous fait sourire. La dernière chanson, En attendant la gloire (Le temple du rock), est autobiographique et relate l’histoire des Conards à l’Orange. On n’avait pas de connaissances approfondies de son ancien projet musical, mais ses références sont tellement claires qu’on peut s’y associer assez rapidement! Ce n’est que du bonus de mentionner les tounes de Mononc’ Serge, les personnages de François Pérusse ou encore une ex qui serait partie connaître la gloire aux Francouvertes. C’est une parfaite conclusion pour un album bref mais bien chargé.
Agnostique de Frank Custeau est un heureux mélange des différentes facettes de l’artiste, dosant assez bien sa proposition. On est rarement fan des albums trop courts, mais dans ce cas-ci, cela permet à Custeau d’aller à l’essentiel en laissant de côté tout fla-fla et de ne pas trop nous étourdir avec des chansons interminables et trop chargées en infos. Il y a quelque chose d’assez accessible dans sa proposition même s’il aborde des sujets parfois plutôt précis, et on ne s’en plaindra pas. Somme toute, très belle proposition du Sherbrookois qui semble avoir trouvé sa niche!
Cet album est accessible sur la page Bandcamp de l’artiste.
À écouter : Agnostique, Boomer, En attendant la gloire (Le temple du rock)
7,7/10
Par Olivier Dénommée
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