CHRONIQUE : Une (trop!) brève incursion dans l’univers de Joe Hisaishi

Joe Hisaishi

Par Olivier Dénommée

La carrière du compositeur japonais Joe Hisaishi a de quoi donner des vertiges, mais si on avait à résumer, il est intimement lié au succès de plusieurs chefs-d’œuvre d’Hayao Miyazaki et du Studio Ghibli. Ça n’a donc certainement pas été trop compliqué pour l’Orchestre FILMharmonique dirigé par Francis Choinière de préparer un concert hommage à sa musique tellement il y avait du choix! On a d’ailleurs pu constater le résultat de ce travail le samedi 14 mars dernier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

Intitulé L’univers symphonique du cinéma | Hommage à Joe Hisaishi, le concert invitait le public à plonger dans les meilleurs moments de certaines de ces bandes sonores. Le choix ne manquait évidemment pas : le programme nous indique que Hisaishi a signé plus de 80 bandes sonores au cours de sa carrière, mais on s’en est tenu pour les besoins du spectacle aux incontournables du Studio Ghibli. On peut même dire qu’en 95 minutes, on n’a effleuré qu’une partie de son imposante discographie en se concentrant sur Kiki la petite sorcière, Nausicaä de la Vallée des Vents, Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro et Le Château ambulant. Notons d’ailleurs que le public-cible pour ce concert était anormalement jeune : on a pas mal plus l’habitude de se retrouver au milieu de têtes blanches pour des concerts symphoniques que d’autres trentenaires venus savourer les yeux fermés les bandes sonores qui les ont visiblement marqués.

Parenthèse avant de vraiment commencer : contrairement à la plupart des gens dans la salle, on n’a pas vu les films dont sont tirées les musiques. On a tout de même une connaissance de base de certains des sujets abordés, du visuel des œuvres et, surtout, du style musical de Joe Hisaishi, que l’on a eu le plaisir d’écouter à quelques reprises, que ce soit à travers les relectures d’Angèle Dubeau ou, tout récemment, de Floraleda Sacchi. On n’était donc pas dans la salle pour retomber en enfance, mais bien pour se laisser porter par une musique intemporelle et puissante, rendue par un orchestre d’un peu plus d’une cinquantaine de musiciens. Notons d’ailleurs que le concert n’a pas proposé de projections de scènes des films en question, peut-être une occasion manquée d’ajouter au facteur nostalgie? Les nuages suspendus au-dessus de la scène et les éclairages aux couleurs changeantes étaient sympathiques, mais une fois qu’on a goûté aux images, comme lorsqu’on va voir Distant Worlds (pour la musique de Final Fantasy), c’est difficile d’être complètement rassasié avec moins!

Musicalement, il y a bien peu de choses à redire. Ce n’est pas la première fois qu’on voit l’Orchestre FILMharmonique à l’œuvre et c’est décidément un orchestre qui gagne à être connu, avec ses musiciens talentueux et polyvalents. Mis à part un bref moment où on se demandait si les percussions étaient bien alignées avec le reste de l’orchestre durant la première pièce, tout nous a semblé impeccable. Le choix des œuvres allait de soi dans bien des cas : plusieurs des morceaux que l’on a écouté en vue du spectacle se sont effectivement retrouvés au programme, et on a eu droit à de magnifiques airs symphoniques, des moments d’émotions, d’intensité, et même des segments plus ludiques (on pense surtout à la suite des pièces de Mon voisin Totoro). Aucun doute que de connaître les films par cœur auraient ajouté à l’émotion du concert, mais cela n’a même pas été nécessaire pour apprécier la beauté de la proposition. On n’aurait aucun doute que L’Orchestre FILMharmonique pourrait monter s’il le voulait 10 représentations de l’univers de Joe Hisaishi et qu’aucune pièce ne se répéterait tellement il a un grand répertoire de belles compositions à son actif, mais ce programme a bien sûr fait le tour des incontournables parmi les incontournables, et visiblement ça a bien plu au public présent!

La 2e partie du concert nous semblait quand même un peu mince dans le programme, avec seulement 2 œuvres, des suites consacrées à 2 des œuvres majeures du Studio Ghibli, Le Voyage de Chihiro et Le Château ambulant. C’était pour mieux cacher les rappels, qui ont été bien sûr demandés avec insistance par le public. Car un rappel n’a pas suffi et le chef d’orchestre a invité le public à devenir sa chorale le temps de la chanson-thème de Mon voisin Totoro. À voir le sourire sur les lèvres de Francis Choinière et le tonnerre d’applaudissements à la fin de la pièce finale, tout le monde a semblé heureux du résultat de cette collaboration spontanée.

L’Orchestre FILMharmonique pendant l’ovation debout à la fin du concert du 14 mars 2026 / Photo : Olivier Dénommée

Ce qui nous a personnellement un peu dérangé comme habitué aux concerts symphoniques, c’est d’avoir l’impression de tout avoir entendu d’un seul côté plutôt que de reconnaître la disposition réelle de l’orchestre. Habituellement, on assiste à un tel concert d’un des balcons, autant que possible vers le milieu, ce qui nous permet à la fois de bien entendre et bien voir l’ensemble des musiciens. Cette fois, on était relativement à l’avant, dans le parterre droit. D’où on était, on ne voyait aucunement le pianiste complètement à gauche de la scène, mais on l’entendait étrangement bien dans notre oreille droite : c’était parce que des micros captaient les musiciens, ce qui a été renvoyé dans des haut-parleurs, dont un était tout près d’où on était. On avait donc un orchestre professionnel en action devant les yeux, mais seulement l’effet d’écouter un disque mono dans les oreilles. Comme le concert ne s’adressait pas nécessairement à un public habitué à entendre un vrai orchestre, la plupart des gens n’y ont probablement vu (ou entendu) que du feu, et c’est tant mieux comme cela a quelque peu miné notre appréciation générale, alors que les musiciens n’ont évidemment rien à avoir avec cette critique!

Un mot sur le public : on a mentionné que ce n’était pas le public habituel des concerts symphoniques, et cela a bien sûr du bon et du moins bon. Pour le positif, notons que les gens présents étaient simplement heureux d’être là, de savourer le moment. Ce n’était pas exactement le public pincé auquel on est parfois habitué à la Place des Arts! De l’autre côté, plusieurs ont eu de la difficulté avec les règles du classique, donc la principale, ne pas applaudir entre les mouvements d’une suite! Mais, à leur défense, peut-être que Francis Choinière aurait pu prendre quelques secondes pour expliquer la règle pour ceux qui assistaient peut-être pour la première fois de leur vie à un tel spectacle?

Malgré toutes nos petites critiques, on doit dire qu’on a passé une très belle soirée en compagnie de la musique de Joe Hisaishi. Entendre ses compositions en live nous rappelle à quel point il est un véritable trésor national pour le Japon et pour la musique cinématographique en général et on retournerait sans hésiter écouter davantage de ses œuvres sur scène dans le futur, surtout qu’on aurait aisément été capable d’en prendre beaucoup plus samedi! Et on ne peut que recommander de garder un œil sur les projets de l’Orchestre FILMharmonique, qui devient un ensemble de plus en plus incontournable si on est à la recherche d’une concert classique mais grand public. Ce concert en était un excellent exemple.


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