
Sorti le 9 juin 2024
Si le groupe Angine de Poitrine existe depuis quelques années déjà et joue une musique nichée en versant dans un rock expérimental en grande partie instrumental, il est soudainement sur toutes les lèvres au Québec, surtout avec son passage remarqué à Tout le monde en parle. Cela ne nous donne pas vraiment le choix de vérifier nous-même de quoi retourne tout ce buzz! Cela nous ramène ainsi à 2024, année de sortie de Vol. 1, premier album du duo mené par ceux qu’on connaît seulement comme les frères Klek et Khn de Poitrine.
Différents éléments rendent Angine de Poitrine unique : en plus des identités inventées, les 2 musiciens sont complètement cachés derrière leur déguisement, si bien qu’on n’a aucune idée de leur identité réelle. Musicalement, on s’amuse avec une musique microtonale et des paroles minimales qui ne semblent pas toujours vouloir dire quelque chose. Comme on parle de rock expérimental, on s’attendait à n’importe quoi, mais on a découvert une musique anormalement accessible, une belle surprise.
Car on ne compte plus le nombre d’artistes qui font volontairement une musique complètement indigeste au nom de l’art. Angine de Poitrine nous propose une musique parfois corsée, certes, mais avec une construction réfléchie et souvent plutôt efficace! Prenons la première piste, Sherpa : on prend le temps de bien faire le build-up et rien n’est précipité inutilement. On se surprend à taper du pied pas mal tout le long de la «chanson» de 5min43 (quelques mots seront vaguement entendus à travers le mix, mais clairement ils ne sont pas l’élément central de la piste!) et on se surprend à apprécier la portion finale très tendue. Comme quoi, quand c’est amené de façon intelligente, c’est plus facile à digérer!
Tahogd est un peu moins chargée, mais prend davantage des d’airs d’OVNI, correspondant au passage assez bien à la dynamique publique du groupe. Elle nous apparaît moins efficace que Sherpa, qui a davantage de surprises à offrir à nos oreilles, mais on ne peut que saluer l’efficacité de son crescendo tout au long de la piste. S’ensuit une Tamebsz plutôt ludique au début, avec une énergie qui n’est pas sans nous faire penser au desert blues par la suite, pour un résultat très réussi. Ababa Hotel nous surprend avec une batterie jazzy et une musique éclatée à souhait, menant à la lourde (et intense) Sahardnieh. Après cette dernière piste, on ne déteste pas conclure ce bref album avec L’Aberek, morceau groovy qui prend son temps et nous guide de bien belle façon jusqu’à la dernière note. Angine de Poitrine sait quand arrêter : avec sa durée de 33 minutes, Vol. 1 n’est pas trop long et on a pu l’écouter en boucle pendant 2 jours sans virer fou, même si ce n’est pas exactement le style qu’on écoute sur une base régulière!
On le répète, mais on n’avait absolument aucune attente en s’attaquant à cet album d’Angine de Poitrine, qu’on ne connaissait jusqu’alors que de réputation. On y a découvert un groupe audacieux, mais intelligent qui sait créer une musique respectant l’équilibre fragile entre des idées nichées et un public plus large qui l’écoutera par curiosité. Beaucoup de personnes de notre entourage qui ne seraient pas naturellement attirées par le style d’Angine de Poitrine ont confirmé avoir apprécié ce qu’elles ont entendu, signe qu’au-delà de l’expérimental, on peut créer quelque chose d’intéressant. Chapeau pour ce tour de force, même si la plupart des gens (nous inclus) ne l’ont réalisé qu’à retardement!
Ajoutons que le timing du buzz autour d’Angine de Poitrine ne semble pas complètement anodin, alors qu’un 2e album, judicieusement intitulé Vol. 2, est prévu dès avril prochain. On prévoit de l’écouter quelque part après sa sortie, afin de constater si le duo poursuit dans la même lignée ou s’il pousse ses expérimentations encore plus loin, sachant maintenant de quoi le public est capable!
Cet album est notamment accessible sur la page Bandcamp du duo.
À écouter : Sherpa, Tamebsz
7,9/10
Par Olivier Dénommée
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