
Par Olivier Dénommée
Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’assister à une grande première, encore moins une grande première d’un artiste qui nous a suivi toute notre vie tel que François Pérusse, mais c’est bien ce qui est arrivé le 11 juillet, avec la toute première représentation de sa première pièce de théâtre, Boulevard Pérusse, présentée au Théâtre Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse. Si l’humoriste maîtrise depuis des décennies les sketches de quelques minutes, c’était un tout autre défi de créer une œuvre qui se tient sur plus de 90 minutes. C’est, en général, mission accomplie.
Cela fait pas loin d’un an que la pièce a été annoncée et que les billets étaient achetés. Et plus la date fatidique approchait, plus on repensait aux gags incontournables de Pérusse. Par exemple, on s’est demandé pourquoi c’est à Sainte-Thérèse, sur la Rive-Nord, que la pièce était présentée en premier avant de voyager par la suite à travers le Québec… et on s’est remémoré le jeu de mots de «Sainte Thérèse de raisin», nous donnant envie de croire que ce n’était pas par pure coïncidence que ça se passe là. Et, sur le route, on a eu à emprunter l’autoroute 640, nous ramenant automatiquement à la voix de Bob Hartley nous criant «sors s’a 640 ou rentre s’a six qu’à sort, je l’sais plus comment te l’dire, là!». Iconique! Dommage, on ne partait pas d’aller loin sur la Rive-Sud pour passer devant le panneau annonçant les prochaines sorties de Saint-Hyacinthe (qui sont maintenant plus nombreuses que 4!), mais probablement que quelques fans ont eu ce privilège! Bref, le simple fait de penser à François Pérusse nous fait voir des références partout. Quelque chose nous dit qu’on n’était pas seul à faire ces observations! Une fois sur place, les références étaient encore plus assumées : il était possible de se procurer un cocktail appelé Sex-conseil on the Beach, et un bicycle jaune au nom de Guy se trouvait dans le hall, à la vue de tous.
Dans la salle, toutes les générations étaient représentées, mais on a remarqué une abondance de gens dans la trentaine et la quarantaine, sans surprise ceux qui ont le plus grandi avec l’humour de Pérusse. Pour du théâtre, c’est excessivement rare de voir un public aussi jeune! Juste pour ça, c’est un excellent coup d’avoir été chercher un public qui n’aurait probablement jamais été au théâtre, en tout cas pas pour du théâtre plus classique (le ratio de gens qui ont vu Le Comte de Monte-Cristo la semaine dernière et qui étaient dans la salle hier est probablement très faible, disons!).
Fini les détours, parlons donc de Boulevard Pérusse! La pièce met de l’avant le talent de six comédiens (Martin Héroux, Ève Landry, Marie-Ève Trudel, Erich Preach, Philippe Racine et David-Alexandre Després), mais on devrait possiblement ajouter François Pérusse lui-même, puisque sa voix préenregistrée se fait entendre tout au long de la pièce et impose le rythme aux comédiens, et le public, qui ne peut pas s’empêcher de se faire entendre lorsque les chansons et les gags iconiques de Pérusse résonnent (pensons au fameux Ski-Doo…). Ce qui démarque une œuvre de François Pérusse est certainement le rythme et l’abondance de blagues et de jeux de mots; c’est un beau défi de présenter une pièce avec un tel rythme, autant physiquement que vocalement, en plus des changements de costumes, et on peut dire que la mise en scène d’Hugo Bélanger a bien saisi ce sens du rythme, bien que le format a pu faire en sorte de perdre certains gags, surtout quand le public se met à rire et à applaudir, ce qui est arrivé à plus d’une reprise. Avec l’expérience des prochaines représentation, les comédiens sauront quand arrêter pour que leur prochaine ligne ne passe pas dans le beurre.
Là où le défi était le plus grand est au niveau de la force de l’histoire. On a quand même affaire ici à un humoriste qui a commencé sa carrière avec des segments de deux minutes, voire un peu plus dans ses albums et jusqu’à une vingtaine de minutes à la télé. Mais arriver avec une histoire qui se suit pendant plus de 90 minutes? Ce n’est certainement pas le format le plus naturel pour Pérusse. Tentons de résumer grossièrement l’intrigue : l’histoire se passe dans le futur et met de scène une famille québécoise à la tête d’une entreprise multinationale, mais un scandale surgit quand un des employés d’une usine dans un pays lointain vient au Québec pour manifester contre les salaires de crève-faim, à cause du dictateur qui a pris le contrôle du pays. Après un lot de péripéties, la pièce finit bien (et avec quelques morales). L’histoire coupe quelques coins ronds pour arriver à sa conclusion, mais dans l’univers de Pérusse, ce n’est pas quelque chose d’inédit, après tout! Et les segments plus faibles de Boulevard Pérusse sont régulièrement soulignés par la distribution qui s’en moque en brisant allègrement le quatrième mur transformant des risques de longueurs en fous rires.
François Pérusse ne remportera pas de prix pour la force de son histoire, mais pour sa capacité à insérer ses gags à un rythme effréné et on salue la capacité de la distribution à bien rendre justice aux personnages sortis tout droit de sa tête. Boulevard Pérusse est un magnifique moment de divertissement, tout spécialement pour ceux qui suivent son humour depuis 35 ans, mais quelqu’un qui arriverait «à l’aveugle» n’aurait probablement qu’une fraction du plaisir puisqu’il manquerait toutes les références, qui font partie intégrante de la pièce. On recommande ainsi Boulevard Pérusse à ceux qui maîtrisent déjà son œuvre et qui se sentent prêts à passer au niveau suivant : une heure et demie sans entracte de son univers!
Si vous voulez des billets pour les représentations à venir à Sainte-Thérèse, c’est ici.
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