
Sorti le 19 juin 2026
On est un peu moins familier, à quelques exceptions près, avec le jazz qui se fait du côté de l’Europe à cause de l’abondance qu’on a déjà aux États-Unis, au Canada anglais et même juste à côté de nous, à Montréal, mais on a eu envie de plonger dans la musique du pianiste et compositeur hongrois Kálmán Oláh, actif depuis des décennies en plus d’avoir joué avec à peu près tous les grands noms du jazz moderne. Son plus récent album, un premier avec le Kálmán Oláh Septet, s’intitule Return to Pangea et reprend en grand partie une de ses propres compositions classiques pour l’interpréter en septuor jazz.
Kálmán Oláh s’est fait une réputation d’être autant un musicien de jazz que de classique, une approche où les deux univers ont autant leur place. Sur cet album, mentionnons aussi la longueur non négligeable : seulement six pistes pour un total d’une heure. La longueur des pistes varie entre 4 minutes… et 17! On comprend donc, avant même d’avoir entendu une seule note, que ce ne sera pas exactement une sortie facile à apprivoiser pour l’auditeur moyen.
L’album ouvre sur la pièce-titre Return to Pangea. Le début est lourd et empreint d’un certain mystère. Musicalement, en plus du piano et de la section rythmique (contrebasse et batterie), on a droit à une clarinette, deux saxophones et un trombone. Assez atypique comme formation! Plus la piste de 15 minutes avance, et plus on découvre les instruments, avec en prime quelques solides solos. Même si on sent que la pièce aurait pu être légèrement raccourcie, on sent bien les multiples influences d’Oláh et de ses musiciens.
Les quatre prochaines pistes sont consacrées à Chamber Concerto, une œuvre classique revisitée en version jazz. Il faut dire que Chamber Concerto (1st Movement) commence de façon très efficace avec une énergie moderne enlevante. Les solos sont d’autant plus vertigineux ici, mais l’équilibre est assez bon. Pour une piste de plus de 10 minutes, ça passe vraiment très bien! Chamber Concerto (Interlude) est la piste la plus courte, et se résume à une interprétation solo au piano de la part de Kálmán Oláh. Elle nous mène à Chamber Concerto (2nd Movement – Elegy), un peu plus lente, avec des bouts presque berçants et d’autres plus mystérieux. C’est le genre de pièce qu’on apprécie de plus en plus au fil de notre écoute. Enfin, on poursuit avec Chamber Concerto (3rd Movement), plus tendue dans sa construction, surtout dans les premières minutes. La précision de l’interprétation dans ce segment est assez impressionnante à écouter, mais n’a pas exactement le charme des précédents mouvements! C’est aussi la plus longue du lot, causant une petite fatigue à l’approche de la fin, même si la pièce contient son lot de passages très inspirés. Mine de rien, le Chamber Concerto occupe 39 minutes de cet album d’une heure!
Il reste toutefois encore une dernière pièce à cet album! Il s’agit d’Off Minor, morceau un peu plus hyperactif, sans perdre le côté très précis des arrangements, avec la batterie qui donne de façon très efficace le rythme ici. On se surprend aussi à entendre les solos assez rapidement, dès la deuxième minute, mais comme la pièce ne dure «que» 6 minutes, on ne perd pas trop de temps pour passer aux choses sérieuses! On revient d’ailleurs au thème dans la dernière minute, concluant la piste un peu comme elle a commencé, et mettant aussi fin à un album dense, mais très inspiré.
Return to Pangea du Kálmán Oláh Septet est un bel exemple de jazz moderne qui n’a pas peur d’aller puiser des inspirations dans le registre plus classique. Ça ne rend pas la proposition beaucoup plus accessible puisqu’il restera bien sûr quelques barrières pour les néophytes du jazz, mais ça reste une sortie fascinante qui nous rappelle les possibilités infinies que le jazz offre quand on est inspiré et qu’on s’entoure de musiciens solides. Cette sortie s’adresse probablement aux amateurs de musique un peu plus savante, et si on n’a pas la prétention d’avoir tous les outils pour pleinement apprécier toutes ses nuances, on a eu beaucoup de plaisir à découvrir l’univers du pianiste hongrois et ses acolytes.
À écouter : Chamber Concerto (1st Movement), Chamber Concerto (2nd Movement – Elegy)
Par Olivier Dénommée
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