
Sorti le 10 avril 2026
On n’écoute pas assez souvent la musique du projet Flore Laurentienne de Mathieu David Gagnon, mais cette fois, on a vraiment eu envie de l’écouter pour en parler dès la sortie de son nouvel album. Son titre simplissime, Volume III, est en parfait contraste avec la force de sa musique instrumentale à la fois atmosphérique et émotive.
Notons que le titre est en phase avec ses 2 premiers albums, mais qu’il fait quand même suite à 8 tableaux, sorti en 2024. On parlerait donc d’un 4e album pour Flore Laurentienne, mais d’une fin d’une trilogie amorcée en 2019. La confusion sur les chiffres s’oublie toutefois bien rapidement quand on se met à écouter les nouvelles pièces qui s’y trouvent et surtout la beauté qui en émane dans les agencements entre l’acoustique et le synthétique.
L’opus ouvre sur Fleurs, pièce majestueuse aux tendances baroques où les cordes prennent (presque) toute la place. Les synthés font quand même une petite apparition dans la seconde moitié et ça nous paraît pratiquement naturel tellement c’est bien amené. La fusion entre les éléments sera d’autant plus présente dans les prochaines pistes : l’extrait Régate met la table avec des éléments synthétiques sur lesquels les mélodies acoustiques prennent quand même vite le dessus. Cela crée tout de même une dynamique qui n’est pas sans rappeler la musique de jeux vidéo, que l’on affectionne particulièrement, et on ne s’en plaint pas un instant.
Petit matin peut s’apparenter à une pièce de Ludovico Einaudi, du moins au début, mais nous surprend avec un petit côté plus mystérieux qui se développe au fil de la proposition. Avec sa durée de 2 minutes, la douce Le temps passe un peu trop vite à notre goût (pardonnez le jeu de mots facile), mais Fleuve VII revient avec une proposition plus longue qui devient épique à l’approche de la fin. Cela tranche avec Fleuve VIII, beaucoup plus légère en comparaison, mais aussi un peu trop courte. On apprécie quand même le contraste entre 2 pièces au titre similaire, mais avec des arrangements aux antipodes.
Navigation VII assume un côté plus spatial, créé par ses synthés bien présents tout au long de la pièce. On sent toutefois la direction est un peu incertaine, nous menant à la conclusion de l’opus, l’intense (À travers les) Chablis. Les percussions chaotiques en arrière-plan ajoutent beaucoup de tension au build-up assumé de la pièce, qu’on aurait presque pu imaginer passer dans un film comme 2001 : l’Odyssée de l’espace. Et quand la piste se termine, on ne peut s’empêcher de lâcher un petit «déjà?!» interne, signe de l’efficacité générale de l’opus. Il faut dire que l’album ne dure pas tout à fait 33 minutes, et que les pièces qu’il contient passent excessivement vite!
Un paragraphe sur Volume III résume assez bien l’expérience qu’on en a fait : «Le déroulement de Volume III est en phase avec l’évolution du projet : là où la première pièce Fleurs se rapproche de ce que Volume II proposait, (À travers les) Chablis, en conclusion, nous montre ce à quoi la suite pourrait ressembler. C’est un album à prendre avec ses deux prédécesseurs tout en étant ouvert sur la prochaine étape. Flore Laurentienne est en constante évolution, mais, depuis le début, la vision est la même : créer une musique vivante, vraie, humaine et sans concession.» Il est vrai qu’on sent une certaine évolution au fil de l’album, avec des approches très différentes entre le début à la fin, bien qu’elles soient les 2 à peu près aussi intéressantes à écouter!
On retient de Volume III un désir constant de Mathieu David Gagnon et ses musiciens de pousser leur musique plus loin et de nous amener avec eux dans leur voyage. La proposition est magnifique et nous a fait du bien à l’âme pendant toute la durée de notre écoute. L’année est jeune, mais on ne serait pas du tout surpris de revoir cet album bien placé dans quelques listes de fin d’année, dont la nôtre.
L’album est notamment disponible sur Bandcamp.
À écouter : Fleurs, Régate, Le temps
8,4/10
Par Olivier Dénommée
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