
Par Olivier Dénommée
Ces dernières années je préfère de loin écrire au «nous de modestie» qu’au «je», mais faisons aujourd’hui une petite exception, parce qu’il s’agit d’une chronique sur un sujet bien différent de ceux sur lesquels j’écris normalement ici, étant trop personnel pour feindre de garder une certaine distance. Il s’agit en fait d’une réflexion sur l’héritage musical que m’a laissé mon père (qui est par ailleurs toujours vivant, au cas où le ton pouvait laisser croire le contraire).
Certains savent qu’avant de devenir journaliste culturel et critique musical, j’étais avant tout un musicien, d’où mon intérêt naturel pour ce registre journalistique. Mais je parle très peu de mon père, de qui je n’ai pas toujours été très proche. C’est pourtant de lui que je tiens mon intérêt initial pour la batterie, mon instrument principal pendant mes années de jeunesse. Je n’ai toutefois pas hérité de son talent en chant, ni de son amour pour le country, un gente musical que je suis loin de maîtriser (même si j’essaie de toujours élargir mes horizons dans mes critiques).
Mais pourquoi éprouver le besoin d’en parler aujourd’hui? Hier soir, 5 septembre, il organisait son «party country» annuel, invitant famille et amis à partager un repas dans une ambiance festive sur fond de musique country où il a chanté plusieurs chansons, dont un hommage à Irvin Blais et au country américain plus récent. Petite nouveauté cette année : il s’accompagne maintenant à la basse, ne jouant rien de bien compliqué, mais suivant ses toniques pendant qu’il chante, chose qu’il n’avait encore jamais fait avant. C’était donc un nouveau talent qu’il a décidé de mettre de l’avant cette année, lui qui aurait commencé à jouer de cet instrument il y a quelques mois à peine. Il a relativisé mes compliments en notant qu’il ne jouait pas «les vraies notes», alors qu’un bassiste plus talentueux aurait ajouté du groove et davantage de variété. Il a tout de même ajouté cette corde de plus à son arc et m’a appris en même temps qu’à 58 ans il est encore capable d’apprendre des choses, même si c’est long et ardu et que le résultat n’est pas comparable à un pro, et qu’il s’est mis en danger en présentant ça à ses proches, alors qu’il n’était absolument pas obligé de le faire. Ça m’a ramené à mon cégep où j’avais moi-même acheté une basse pour apprendre à en jouer. À l’époque, j’avais toutefois abandonné assez vite, ne progressant pas assez vite à mon goût et, depuis, ma basse prend tranquillement la poussière dans mon sous-sol. Sans le savoir, mon père m’a donné une bonne lecon de patience et de persévérance…
Cela m’a amené aujourd’hui à pousser ma réflexion plus loin, alors que je réalise que Critique de salon est un peu né de la même façon que mon père a commencé à prendre des petits contrats pour chanter dans des partys : par passion et par amour de la musique, même si on n’a pas la prétention d’être des sommités dans ce qu’on fait et même si on ne s’attend pas à vivre de ça, bien au contraire – on a certainement tous deux dépensé plus d’argent dans nos projets respectifs que ce qu’on a pu en tirer monétairement. Ironiquement, j’ai lancé ce projet à un moment où j’étais en froid avec lui, il y a 13 ans de ça, mais avec du recul, je dois reconnaître que j’ai plus de points en commun avec lui que ce que je pouvais penser à cette époque. Et aujourd’hui, jour de mes 36 ans, je souhaite lui consacrer ces mots pour le remercier de m’avoir transmis, très probablement par accident, sa passion pour la musique, sa persévérance et son acharnement à continuer quand j’aime vraiment ce que je fais, même si parfois j’ai l’impression d’être le seul à croire en moi. Car si on ne peut même pas faire ce qu’on aime, à quoi bon continuer?
Au moment d’écrire ces lignes, je ne sais pas si cette petite réflexion m’amènera à relancer d’autres rêves oubliés qui traînent dans un fond de tiroir, mais elle confirme mon désir de continuer à écrire sur la musique aussi souvent que possible parce que c’est un plaisir qui ne se dément décidément pas. Ça aura pris du temps, mais je te dois des remerciements pour ça, papa.
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