
Sorti le 28 août 2026
Règle générale, on préfère s’en tenir aux enregistrements studio par rapport aux sorties live, mais on doit parfois fait exception lorsque ces enregistrements devant public contiennent de nouvelles chansons qu’il serait donc impossible d’écouter autrement. C’est le cas pour L’emprunt(e) volume 3 – Enregistrement public, qui propose du nouveau matériel pour le duo Prairie Comeau (Anique Granger et Benoit Archambault), devant un public audiblement enthousiaste à l’occasion d’un spectacle tenu au Centre de création Boisbriand, le 3 octobre 2025. La sortie, quelque part entre album et EP, dure un peu moins d’une demi-heure et laisse aussi beaucoup de place aux musiciens qui mettent leurs chansons en contexte sur certaines pistes. Cela rend le tout plus intimiste et chaleureux, même si en contrepartie on a un peu moins de musique «pure» au fil de notre écoute.
Notons aussi que l’enregistrement est exceptionnellement en formule trio, avec Rick Haworth qui accompagne le couple. À part ça, on reprend le concept qu’a adopté Prairie Comeau ces dernières années : baser son répertoire sur La Bonne Chanson, des ritournelles qui datent de plusieurs décennies, mais qui ne demandaient qu’à être revisitées à une sauce plus actuelle, dans une complicité palpable du couple de musiciens. Cela s’entend dès la première chanson, Partir, qui démarre de façon assez mélancolique pour déboucher sur quelque chose d’un peu plus léger avec un segment mettant de l’avant le célèbre air V’là l’bon vent. L’équilibre est donc plutôt bon entre les différentes énergies.
Sur 10 pistes, quatre sont simplement parlées entre les chansons, donnant un peu de contexte sur ce qu’on s’apprête à entendre. La première d’entre elles, La bonne chanson en chiffres, nous apprend que ce répertoire contient 550 ritournelles, ce qui veut dire qu’il y a un répertoire limité, mais qu’au moins ça devrait prendre quelques bonnes années avant d’épuiser cette source! La seconde, Un bon cavalier doit savoir danser, montre toute la complicité entre Archamblault et Granger, qui ont beaucoup de choses en commun (dont l’amour du curling), mais qu’ils n’étaient pas tout à fait certains d’aimer de façon égale la danse. Un moment très cute nous amenant dans l’intimité du couple. Plus loin, on a droit à Les choses faites maison, qui permet à Anique Granger de partager sa passion pour tout ce qui est homemade, dans une prose assez sentie. Enfin, Rick Haworth présente le troisième membre de ce duo, avec en prime une anecdote qui rendrait humble la plus grande des rock stars. Chacune des interventions entre les chansons semble nous amener naturellement à la prochaine chanson, recréant jusqu’à un certain point le flow d’un vrai spectacle. On en oublie que la plupart de ces moments sont scriptés tellement ils sont vécus avec sincérité.
Maintenant qu’on a fait le tour des «non chansons», revenons à la musique : on passe à Plaisir d’amour, restant confortablement dans le registre folk doux dont Prairie Comeau a le secret, menant à une Élégie sombre à souhait (la pedal steel fait aussi de la magie au niveau des arrangements). Plus loin, on a droit à une Ici-bas qui assume un côté Americana loin d’être désagréable. Au contraire, on apprécie la force des refrains, simples et mémorables, amenant le public à embarquer avec plaisir avec les chanteurs. Si bien qu’un des membres de l’assistance a légèrement débordé à la fin de la chanson, générant quelques rires dans la salle. Ça a bien été repris par Benoit Archambault : «Y en a qui veulent être sur le disque, hein?»
Une des plus belles chansons entendues ici est Le tricot de laine, dirigée par Anique Granger dans toute ses nuances. Si l’ensemble de l’album est propose à la douceur et à l’introspection, celle-ci pousse le concept encore plus loin, avec grand succès. On conclut notre écoute sur Tout le long de mon pays, un hymne assez solennel, et surtout un choix judicieux pour conclure cet opus.
Que retenir de L’emprunt(e) volume 3? La formule est visiblement éprouvée depuis la parution de L’emprunt(e) volume 1 en 2024, alors il y a relativement peu de surprises musicalement, mais la spontanéité du live réussit à apporter une autre dimension à l’enregistrement et même à en faire une force. Ça paraît que les deux musiciens cumulent des décennies d’expérience de scène, eux qui mettent leur talent au profit de cet enregistrement simple, mais incroyablement efficace. Quand on parle d’un spectacle, on a tendance à entendre la phrase «Il fallait être là». Ça reste vrai, mais cette sortie permet de donner un petit aperçu assez sympathique de la dynamique du couple sur scène. Et, pour avoir vu le duo en spectacle avant, on peut confirmer que ce qu’on a entendu sur L’emprunt(e) volume 3 correspond bel et bien à la réalité. Si cette sortie vous a fait sourire, vous devriez considérer d’acheter des billets pour une date future.
Cette sortie est accessible sur Bandcamp.
À écouter : Partir, Plaisir d’amour, Le tricot de laine
8,0/10
Par Olivier Dénommée
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