Qu’acoustis-je Qu’ouïs-je Qu’entends-je – Québec Redneck Bluegrass Project

Sorti le 5 juin 2026

On n’écoute pas la musique du quatuor du Lac-Saint-Jean Québec Redneck Bluegrass Project très souvent, mais la sortie de son sixième album, à l’étrange titre Qu’acoustis-je Qu’ouïs-je Qu’entends-je, marquant au passage les 20 ans d’existence du groupe, nous a convaincu d’y prêter une oreille.

Quand on pense à QRBP, on se souvient d’un groupe de folk-punk au langage souvent sincère et toujours très coloré. Le nouvel album, par ailleurs très long avec tout près d’une heure, reste pas mal fidèle à ce souvenir, donc on n’a pas été trop déstabilisé là-dessus! L’ouverture de l’album, Faut c’qui folk, raconte de façon ludique que quand on est sans abri, c’est pas mal plus facile de jouer de la guitare et de l’harmonica qu’un instrument plus volumineux. Ça a bien du sens, au fond!

Tu seul reste dans le registre folk, avec un message on ne peut plus clair. Voici d’ailleurs quelques lignes de la chanson : «Tout l’temps tu seul / Me lève tu seul / Déjeune tu seul / Me parle tu seul / Onze heures une biére tu seul / J’dîne tu seul / Marche tu seul / J’soupe tu seul / Bois tu seul / J’ris tu seul / Me saoule tu seul / J’zappe tu seul / Me couche tu seul / M’endors tu seul / Me r’lève tu seul / Sti d’caliss de tabarnac tu seul / Aucun rapport tu seul». Vous voyez le genre! Notons aussi que même si Tu seul a été présentée comme le premier extrait annonçant l’album, elle est loin d’être notre préférée, avec une longueur qui lui fait perdre un peu d’efficacité selon nous. Elle semble quand même très populaire auprès du public-cible de Québec Redneck, alors c’est peut-être aussi une question de préférence!

S’ensuivent J’chiale su’es chialeux, autre morceau très coloré plutôt long, mais légèrement plus punché dans sa forme, en plus d’avoir un refrain plus accrocheur, et Les beaux dimanches, énergique et légère à souhait. On a aussi droit à une sympathique toune d’amour à la sauce QRBP avec J’te trippe dessus, mais on retrouve la douceur avec J’te watch. Cette dernière est assez efficace, mais elle s’étire vraiment plus que nécessaire : elle aurait dû s’arrêter vers 5min20, mais dure vraiment 6min35! Québec Redneck semble vraiment aimer prolonger ses chansons! Cela doit plaire à certains, mais dans notre cas ça nuit quelque peu à notre appréciation.

Le brasseux d’vaisselle est plus courte et énergique (avec une bonne dose d’onomatopées), alors que Babounas propose de longs moments doux entrecoupés de quelques passages plus intenses, dans une (autre) chanson de plus de 6 minutes. On préfère la ludique (et courte!) C’tait une fois un gars comprends-tu, et on garde en mémoire La ferme du moindre effort, qui contient plusieurs perles. Le moment clé est possiblement une reprise d’une partie de Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours de Richard Desjardins, avec le thème de la ferme : «J’ai planté des asperges pis d’la sauge dans ma cour / Des bleuets des framboises pis des topinambours / Quand j’sème une fois j’sème pour toujours». Bon flash!

On apprécie la proposition de Trop vieux pour vieillir, juste assez accrocheuse sans trop étirer la sauce (quoique la fin aurait pu être encore raccourcie un peu), mais on se reconnaît dans l’ode à la solitude Pas sorti du bois. La conclusion de l’opus revient à P’us d’planète, et il faut dire qu’elle frappe fort. On retient les paroles critiques et imagées, dont nos préférées : «Des vraies autruches / La tête dans nos propres anus / Tu viens ‘ec des idées merdiques / Quand c’est ta propre tête qui t’fist». Il y a aussi la fin, pleine d’ironie à la Cowboys Fringants, «P’us d’planète (p’us d’problème) / La criss de paix», qui risque de particulièrement lever en spectacle.

L’album Qu’acoustis-je Qu’ouïs-je Qu’entends-je n’est pas ce qu’on appellerait une écoute légère, de par sa longueur, son intensité, surtout au niveau des textes, et un nombre limité de nuances. Si vous n’êtes pas déjà vendus au style de Québec Redneck Bluegrass Project, on ne sait pas si cet album sera celui qui vous convertira, mais il contient quelques moments très forts qui valent le détour. Dommage que la plupart des chansons sont inutilement prolongées, diluant de beaucoup l’efficacité de ces bons moments!

L’album est entre autres accessible sur Bandcamp.

À écouter : Les beaux dimanches, Pas sorti du bois, P’us d’planète

7,3/10

Par Olivier Dénommée


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