Foreign Tongues – The Rolling Stones

Sorti le 10 juillet 2026

Les Rolling Stones ont fait récemment fait paraître leur 25e album studio, Foreign Tongues, et on s’est dit que si on devait écrire sur un groupe aussi mythique que celui-ci, ce serait en s’attaquant aux sorties contemporaines plutôt que de toucher à des albums littéralement plus vieux que nos parents… On a droit ici à une sortie blues-rock bien chargée, d’une durée de 62 minutes, née de sessions remontant dans certains cas en 2019, dont certaines pistes enregistrées avant le décès du batteur Charlie Watts.

Mentionnons aussi tout de suite la présence de plusieurs musiciens invités, qui ajoutent généralement assez subtilement leur touche sans qu’on puisse les connaître : pensons à Steve Winwood, Robert Smith (de The Cure), Bruno Mars (à la cloche à vache!), Paul McCartney ou Chad Smith (batteur des Red Hot Chili Peppers). À part le name-dropping, on ne remarquera pas clairement leur présence au fil de l’opus, donc c’est surtout un clin d’œil pour dire qu’ils ont collaboré qu’un véritable featuring les mettant de l’avant.

On sait que les Stones ont fait leur réputation avec leur rock qui a traversé les décennies, mais on retrouve vite ses racines blues dès Rough and Twisted, une proposition qui est loin d’être déplaisante, mais qui ne nous fait pas non plus sentir que c’est du «pur» Rolling Stones non plus. S’ensuit l’extrait In the Stars, rock plus léger et assez sympathique. Comme on n’a pas écouté beaucoup de la musique récente des Stones, on trouve que Mick Jagger s’est énormément adouci par rapport à son âge d’or, mais comme s’est bien assumé, ça passe le test. Plus groovy, Jealous Lover vaut le détour pour son énergie blues-soul assez réussie. Mr Charm change d’énergie à quelques reprises, commençant par un classic rock des années 70 assez typique, avant de se métamorphoser en des choses tantôt assez inspirées, tantôt beaucoup moins. Les segments «Call me Mr Charm» sont parmi les moins intéressants selon nous, alors qu’ils occupent une place relativement importante dans la chanson. On passe donc assez vite à la suivante!

Divine Intervention n’est pas la chanson la plus populaire de l’album, mais elle est celle qui résonne le plus en nous, principalement grâce à la force de son refrain. On ne sait pas si c’est une bonne chanson des Stones, mais on sait que c’est une bonne chanson tout court. Elle est suivie de Ringing Hollow, un petit blues qui nous fait malgré nous penser à une version plus lente de Love Is in the Air à cause de certains choix mélodiques. On ne dira pas que cette comparaison gâche notre écoute, mais elle ne nous restera pas en tête autant qu’on aurait voulu, surtout pour une chanson du registre plus doux, généralement quelque chose qu’on apprécie beaucoup! On ne retiendra pas non plus outre mesure le blues-rock Never Wanna Lose You, même s’il s’écoute somme toute assez bien. Et si on comprend l’attrait d’inclure Hit Me in the Head, puisqu’on y entend Charlie Watts avant sa mort, la chanson manque d’un peau de peaufinage et on sent que le batteur est fatigué dans son style de jeu.

On se permet ensuite une reprise de You Know I’m No Good (Amy Winehouse), une version certainement plus brute que l’originale, mais pas notre préférée non plus. On sent les Stones plus à l’aise dans Some of Us, de retour à une certaine douceur blues, plutôt bien amenée. Le maillon faible est possiblement les back vocals, mais ça ajoute une certaine authenticité à la proposition en même temps. C’est d’autant plus réussi dans Covered in You, offrant un bon équilibre entre un rock juste un peu grinçant et une des refrains presque pop. Side Effects contient aussi son lot de bons moments, mais on a quelques réserves quant à l’interprétation vocale, qui ne semble pas se prendre trop au sérieux. De retour à la douceur le temps d’une Back in Your Life sentie, quoiqu’un peu trop longue pour rester efficace jusqu’au bout, l’album (du moins en version régulière) se conclut sur une reprise de Beautiful Delilah (Chuck Berry), dans une approche qui sonne incroyablement rétro. On aurait préféré quelque chose de plus actuel, surtout pour une conclusion d’album qui est blues, mais qui assume généralement une direction plus mature. Notons qu’une version contient une 15e piste, Bad Luck Hideaway, mais nous n’avons pas réussi à mettre la main dessus, alors on ne pourra rien commenter de plus à son sujet!

Critiquer un album d’un groupe comme les Rolling Stones, c’est toujours incroyablement délicat, et c’est d’autant plus vrai qu’on n’a pas écouté sa discographie récente pour comparer avec ses sorties plus contemporaines. On est quand même tenté de dire ceci : dès qu’on enlève le nom du groupe de l’équation, la critique devient plus aisée à faire parce qu’on se débarrasse du lourd bagage qui le suit. Ainsi, on peut dire qu’on a droit à un album blues-rock éclectique, avec beaucoup de bouts très inspirés, mais aussi quelques choix artistiques moins solides. On ne se sent pas équipé pour comparer Foreign Tongues au reste de la discographie des Stones, mais on peut dire qu’en le comparant à ce qui est paru en 2026 à date, c’est un album qui se défend très bien, et qui aurait pu être encore plus fort en se débarrassant de quelques chansons superflues (ce qui est immanquable quand on parle d’une sortie de 14 pistes en 62 minutes!), ou à tout le moins en raccourcissant quelques pistes pour aller davantage à l’essentiel. Mais ce n’est pas comme si on allait apprendre aux Stones comment écrire de la musique, n’est-ce pas?

À écouter : Jealous Lover, Divine Intervention, Covered in You

7,7/10

Par Olivier Dénommée


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