
Sorti le 25 mars 2022
Il fut un temps où écoutait beaucoup plus régulièrement la musique du groupe métal progressif Animals as Leaders avec, comme album préféré, The Joy of Motion, le troisième opus du groupe dirigé par Tosin Abasi paru en 2014. Le cinquième album, Parrhesia, est toutefois paru pendant notre pause de critique est est complètement passé sous notre radar, jusqu’à ce qu’on décide d’y revenir, plus de 4 ans après sa sortie.
D’abord, le titre : on n’était pas familier avec le terme «parrhesia», ni sa traduction française «parrhésie», mais ça se traduirait aussi par un franc-parler et un courage de dire avec conviction la vérité, malgré les risques associés à le faire. Dans un album entièrement instrumental, c’est évidemment très drôle, mais on peut imaginer un certain franc-parler dans le choix des titres et de l’intensité musicale et c’est bien ce qu’on ressent ici, à commencer par Conflict Cartography, lourde et chargée à souhait, où on reconnaît assez bien la signature Animals as Leaders. Les mélodies sont un peu plus enfouies que dans nos souvenirs, mais le hook à la guitare revient assez souvent pour nous ramener dans les moments où on se perd un peu dans cette pièce de 5 minutes.
S’ensuit le premier single de cet album, l’intense (mot qui va revenir souvent dans cette critique, apparemment!) Monomyth. On apprécie beaucoup les percussions qui font un travail exceptionnel pour accentuer toutes les tensions de la musique, mais pour une piste de cette longueur (même pas 3min30), on change d’énergie tellement souvent qu’on a l’impression qu’on avait plutôt affaire à une toune de 7 minutes! Cela ne l’a pas empêché de connaître un beau succès, signe que les vrais amateurs de métal progressif sont servis. Pour notre part, on a quand même un petit faible pour la suivante, Red Miso, qui réussit à combiner la lourdeur assumée de cet album et quelques mélodies plus proche du «jazz». Évidemment, le dosage fait en sorte que c’est la lourdeur qui domine, mais cela nous a quand même donné un tout petit élan de nostalgie pour l’ère de The Joy of Motion.
Gestaltzerfall («décomposition de la forme» en allemand) est difficile à prononcer, mais au contraire relativement facile à écouter! Certaines lignes respirent davantage, ce qui nous permet d’apprécier les nuances. Puis, Asahi nous convie à un moment ambiant de moins de 2 minutes; si la piste avait été plus longue, on se serait attendu à ce qu’elle explose de plus belle en milieu de piste, mais elle reste sage pour l’occasion! Elle nous mène donc doucement à The Problem of Other Minds, autre morceau relativement court (2min32) qui va droit au but tout en essayant d’inclure beaucoup d’idées différentes. Si certaines de ces idées sont assez convaincantes, les segments sont tellement courts qu’on n’a pas le temps de pleinement les apprivoiser avant de passer aux prochains.
Poursuivons avec le titre le plus américain qu’on puisse imaginer sans contenir le nom «America» : Thoughts and Prayers. On s’approche ici autant que possible d’une power ballade progressive, du moins pour les deux premières minutes, avant de gagner en tensions et de complètement changer de beat pour quelque chose d’hyperactif un peu avant d’arriver à la moitié de la pièce! D’autres changements suivront pour essayer de trouver un équilibre, mais cela nous convainc plus ou moins plus la piste avance. On apprécie en revanche le build-up constant de Micro-Aggressions, qu’on vient sentir jusque dans les tripes. L’album Parrhesia se conclut sur Gordian Naught, jouant aux montagnes russes entre des bouts surchargés d’intensité et d’autres tendus mais plus modérés. Ça finit l’album avec conviction, mais ça n’aurait pas été notre choix de conclusion!
Pas de doute, le côté progressif d’Animals as Leaders est toujours bien présent, mais on a perdu au fil des années certaines nuances qui nous avaient fait tomber en amour avec les propositions passées. C’est là que l’on se rappelle que c’est évidemment extrêmement personnel, surtout par rapport à un groupe qui des influences aussi diverses que celui-ci. On s’ennuie des influences plus proches du jazz, alors que des métalleux purs et durs trouveront probablement cette sortie encore trop soft! Pour nous, pas de doute qu’il s’agit d’une bonne sortie, mais elle ne s’adresse clairement pas à toutes les oreilles. Si votre album préféré du groupe est, comme nous, The Joy of Motion, vous n’aurez probablement pas le même plaisir à écouter Parrhesia, malgré quelques petits moments de lumière qui se prennent bien!
L’album est accessible sur Bandcamp, entre autres.
À écouter : Conflict Cartography, Gestaltzerfall, Micro-Aggressions
7,7/10
Par Olivier Dénommée
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