
Par Olivier Dénommée
Cela faisait des mois que l’on attendait patiemment l’arrivée du 16 octobre 2026, date à laquelle on aurait enfin la chance d’assister à un concert de Ghostly Kisses en version symphonique à la Maison symphonique de la Place des Arts de Montréal, en présence de Francis Choinière et de l’Orchestre FILMharmonique que l’on commence à assez bien connaître pour avoir vu à l’œuvre à quelques reprises ces dernières années. Ceux qui nous suivent savent qu’on apprécie depuis longtemps l’univers de Ghostly Kisses, que l’on suit depuis à peu près 8 ans, alors les attentes étaient très hautes. Malgré quelques bémols, on doit dire que c’est en général une très belle réussite.
Parmi les bons coups, soulignons tout de suite la variété du répertoire : sur 18 chansons, les trois albums studio y sont passés (y compris Across the Pond, vieux d’à peine plus de 2 mois) de même que tous les EP et même une chanson lancée en single il y a quelques années. Peu importe quand un auditeur a commencé à écouter Ghostly Kisses, il allait être servi. Ensuite, les arrangements ont su garder l’essence des chansons tout en les bonifiant dans l’écrasante majorité des cas.
Évidemment, un spectacle comme celui-ci se résume bien mal à l’écrit, mais on a pris quelques notes sur les moments du concert qui nous ont marqué. Le spectacle a ouvert sur Heaven, Wait (chanson-titre de son premier album), plus spécifiquement une intro orchestrale qu’on aurait imaginée dans un concert de musique de Disney – un petit clin d’œil pour nous rappeler que l’Orchestre FILMharmonique est avant tout dédié à la musique de film? Mais quand les choses ont vraiment commencé, ce fut un peu plus laborieux, notamment au niveau du mix, avec l’orchestre beaucoup trop fort dans nos oreilles. Il a aussi semblé y avoir certaines petites confusions à certains moments dans l’interprétation. Le problème c’est heureusement réglé par la suite, mais cela a un peu miné notre appréciation de cette nouvelle version!
Le concert aura été l’occasion d’autant revisiter des chansons qui nous sont chères que celles qui nous laissent indifférent dans leur version originale. Heartbeat fait partie de la seconde catégorie, et s’est dotée d’arrangements plus épiques qui l’ont élevé à un autre niveau. Même chose pour Spellbound, une chanson que Ghostly Kisses joue depuis au moins 2018 et sur laquelle on n’a pourtant jamais accroché! Mais avec un orchestre derrière, un tempo encore plus ralenti, et la chanteuse Margaux Sauvé qui bouge les bras de façon presque spectrale à l’avant de la scène, soudainement on comprend mieux pourquoi elle apprécie tant cette chanson!

En revenant aux chansons de son tout premier EP, What You See, Ghostly Kisses a eu une magnifique chance de changer de couleur, ce qui a été fait de bien belle façon sur Empty Note. À l’autre bout du spectre, Ordinary, Extraordinary (du dernier album) a été l’occasion de pousser l’émotion à 11 sans avoir besoin de trop bousculer les choses comme la chanson en elle-même est très fraîche. Juste avant l’entracte, on a eu droit à Call My Name, chanson tirée du EP Never Let me Go, selon nous la sortie la plus aboutie du projet à ce jour. La chanteuse a confié au public qu’en l’écrivant, elle et Louis-Étienne Santais (son pianiste et complice musical) l’imaginaient déjà avec un enrobage orchestral. Six ans plus tard, leur rêve s’est donc concrétisé et ça sonne exactement comme ce à quoi on était en droit de s’imaginer! Dans le programme, il était prévu initialement que les cette chanson et Ordinary, Extraordinary soient échangées de place, mais c’est selon nous un bon coup d’avoir conclu la première moitié sur une chanson aussi forte et puissante que celle-ci.
Bien que les musiciens viennent de Québec, Ghostly Kisses est presque exclusivement un projet anglophone, ce qui lui ouvre beaucoup de portes partout à l’international. Il reste quand même quelques petites chansons en français qui se glissent ici et là, dont Comme un saule, lancé seul il y a 3 ans sans jamais se retrouver sur un album – qui sait, peut-être attend-on d’avoir assez de matériel pour un EP en français dans le futur? Même si ce n’est pas notre chanson préférée de sa discographie, on est heureux que du français se soit retrouvé dans les chansons sur scène.
On a déjà parlé plus haut de notre amour pour le EP Never Let Me Go, mais il faut savoir que deux chansons qui en font partie nous suivent de plus près que les autres et il s’adonne que l’orchestre les a jouées les deux, à notre grand plaisir. Where Do Lovers Go? est une chanson tellement parfaite dans sa simplicité qu’elle n’avait pas besoin d’être retouchée par un orchestre… mais on est reconnaissant que l’on s’y soit attaqué quand même, accentuant la beauté de la composition de bien belle façon. Quant à Stay, on a dû se préparer mentalement pour ne pas verser une larme pendant l’interprétation, qui a été majestueuse. Décidément des moments forts pour l’auteur de ces lignes.
Si Blackbirds n’est pas notre chanson préférée, il faut reconnaître qu’elle est faite pour être accompagnée par un orchestre. Et que dire de The City Holds My Heart, une autre chanson qui nous suit depuis longtemps? Comme «dernière chanson», on pouvait difficilement demander mieux, surtout avec son orchestration puissante qui lui a donné un nouveau mordant. Évidemment, le public ne pouvait pas laisser partir Ghostly Kisses ainsi, le forçant à revenir pour deux chansons supplémentaires : Touch et Fade from Me. La première a été interprétée en formule trio, piano, voix/violon (la chanteuse ne l’avait pas sorti de la soirée, alors qu’elle en joue toujours un peu durant ses spectacles!) et guitare (Antoine Angers-Moreau a d’ailleurs été présent dans une bonne partie des chansons pour accompagner ses amis), nous ramenant ainsi à une version très proche de l’originale. La dernière a ramené Francis Choinière et ses troupe pour une version émotive à souhait.

Quelques bémols
On est reparti, comme à peu près tout le monde, avec un large sourire au visage après avoir passé une soirée magique en compagnie de Ghostly Kisses et de l’Orchestre FILMharmonique. On a quand même noté quelques petites imperfections (mis à part la première chanson, dont on a déjà parlé) que l’on souhaite partager. Si le mix des micro a été grandement amélioré après le début laborieux, on ne peut pas dire qu’on a entendu le piano souvent durant la soirée. On pouvait le voir jouer, mais rarement entendre ce que ça donnait, mis à part lorsque l’orchestre était très faible ou carrément silencieux. À sa place, on aurait été déçu de savoir que le public n’a pas pu l’entendre à la hauteur de ce qu’il méritait.
Aussi, un constat plus général que l’on fait dans la musique orchestrale : les arrangeurs ne semblent pas toujours savoir quoi faire avec les percussionnistes. Parfois, une chanson plus chargée et intense est très bien servie par des percussions présentes et ça se défend très bien, comme on a pu l’entendre à différents moments durant le concert. Et, à d’autres moments, on a senti qu’on leur a écrit quelque chose pour ne pas qu’il restent les bras croisés pendant une toune au complet. On a malheureusement eu cette impression à plus d’un moment, bien que ces musiciens n’étaient probablement pas le centre d’attention de beaucoup d’auditeurs hier soir.
Ceci étant dit, malgré nos commentaires, on réitère que cette soirée était magique est à peu près aussi forte en émotions que ce à quoi on pouvait s’attendre. C’était le dernier concert d’une série de deux (le premier était la semaine précédente à Québec), mais Margaux Sauvé a lancé dans l’air que peut-être d’autres pourraient suivre éventuellement. Et on le souhaite ardemment, pour permettre à davantage de gens de découvrir cette musique fabuleuse avec une orchestration encore plus majestueuse. Si vous avez écouté et aimé au moins quelques chansons de ce projet, vous n’avez aucune raison de ne pas adorer ce que ce concert a à offrir.
On se permet aussi de rêver un de ces jours à un enregistrement de ces versions pour permettre à encore plus de gens de les savourer. On se plairait certainement à écouter en boucle les versions bonifiées de Where Do Lovers Go? ou de The City Holds My Heart.
(Toutes les photos : André Rainville)
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