Verger – Héron

Sorti le 17 avril 2026

On a parlé en début d’année du EP Bras solaires de Héron, projet musical d’Henri Kinkead, mais c’était sans savoir qu’il allait si vite revenir avec son premier album complet. Verger est un album d’une quarantaine de minutes dont 4 pistes nous sont très familières, puisqu’elles se retrouvaient sur sa précédente offrande; le reste continue d’explorer sa proposition folk (voire trad) francophone initiée l’année dernière.

Résumons ce qu’on a retenu de Bras solaires : en seulement 10 minutes, on a pu goûter à des facettes assez différentes de Héron, passant tantôt à un folk assez doux (que ce soit Sycomore ou la très belle Bras solaire avec Kanen!), tantôt à quelque chose nous faisant plus penser à Philippe Brach (particulièrement Bonaventure), tantôt baignant dans le trad instrumental (Marionnettes). Cette dernière nous avait par ailleurs un peu surpris, mais le nouvel album nous confirme que ce n’était pas qu’un accident de parcours, mais bien quelque chose d’intentionnel de sa part.

La chanson-titre Verger nous accueille en fait sur une musique toute simple, à cheval entre le folk et le trad, comme si Héron voulait établir dès les premières secondes qu’il jouerait avec les frontières tout au long de l’album. Et on doit dire qu’on ne déteste pas cette idée, alors que le musicien n’est absolument pas un puriste dans le genre. Cela se confirme dans la suivante, Roi de verre, quoiqu’on va déjà complètement ailleurs avec Champ-de-Mars avec une musique plus chargée et rock, avec un segment final étrangement plus approprié pour le hip-hop… Héron est décidément plein de surprise!

L’instrumental Valse du bélier nous guide tout doucement à Bras solaire, qui reste un incontournable de l’album. S’ensuit Sainte-Croix, morceau indie-folk qui se rapproche de Champ-de-Mars, mais sans chercher à trop changer d’énergie au fil de la chanson! Plus loin, on s’approche du trad plus conventionnel le temps de la turlute Contredanse. Hirondelle s’approche quant à elle de l’esprit d’une chanson à répondre, bien que la musique nous campe dans un indie-folk plus mystérieux, avec en prime une montrée très efficace à l’approche de la fin. On est rarement fan d’autotune, mais l’usage qui en est fait spécifiquement ici se défend plutôt bien et ajoute à l’intensité du moment! Echtra Condla commence de façon plus modérée, mais laisse finalement aussi place à un hybride entre un folk planant et des sonorités plus électroniques. C’est aussi assez intéressant, quoiqu’il y a un peu plus de répétitions que nécessaire ici, surtout à partir de la 2e moitié. Ruisseau nous ramène au trad une dernière fois en conclusion, pour un joli moment a cappella. Après avoir joué avec les énergies tout au long de l’album, la simplicité se prend somme toute assez bien!

Avec un peu de recul, on est heureux d’avoir pu apprivoiser la musique de Héron à travers le EP Bras solaires avant d’écouter Verger, car on ne partait pas entièrement de zéro en y plongeant. En tout cas, on aurait probablement eu besoin de plus de temps avant de pouvoir écrire sur ce nouvel album éclectique et surprenant si on avait pas eu cette petite longueur d’avance! Héron navigue assez bien dans le vaste univers folk, sans se laisser mettre dans une boîte trop fermée. Cela fait un album très éclaté, ce qui fera peut-être fuir quelques puristes, mais qui a le potentiel de rejoindre un public relativement large (même si on reste sans une niche dès qu’on parle moindrement de trad). Pour un premier album, la proposition est intéressante et laisse encore un peu de place pour peaufiner le dosage et le flow d’un album futur, mais les idées brutes sont déjà bien là, ce qui augure bien pour la suite.

Cet album est disponible sur le Bandcamp de Héron.

À écouter : Roi de verre, Sainte-Croix, Hirondelle

7,8/10

Par Olivier Dénommée


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