You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love – Olivia Rodrigo

Sorti le 12 juin 2026

La carrière solo de l’Américaine Olivia Rodrigo a explosé assez soudainement depuis la pandémie, si bien qu’elle vient de lancer son troisième album en cinq ans. On n’avait jusqu’à présent jamais pris le temps d’écouter sa musique (à part quelques extraits sur lesquels on est tombé par hasard ces dernières années sans trop y porter attention), mais il devenait de plus en plus difficile d’ignorer son existence, d’autant plus que You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love a été massivement acclamée par la critique. On y a prêté une bonne oreille pendant deux jours.

Déjà, notons que Rodrigo abandonne les titres d’album à un seul mot pour nous livrer cette phrase qui donne un bon aperçu des thèmes abordés dans son opus : il s’agit d’un album-concept qui relate le début et la fin d’une relation amoureuse (pas le thème le plus original, mais ça reste certainement un des plus faciles à exploiter!). Et, comme toute bonne chanteuse pop, elle a eu une rupture dans la dernière année, ce qui n’a certainement pas nui à l’écriture! Elle a d’ailleurs eu assez d’inspiration pour nous livrer 13 chansons en 51 minutes, nous confirmant que ce n’est pas que le titre de l’album qui est plutôt long!

Maintenant que la table est mise, l’écoute démarre en force sur l’extrait Drop Dead. Les influences sont multiples dans cette entraînante chanson aux accents synthpop, et on doit dire qu’on n’est pas surpris de lire que Taylor Swift fait partie des inspirations d’Olivia Rodrigo. Ceci étant dit, on ne tombe pas dans la petite pop facile, puisqu’on a droit à des segments légèrement plus audacieux dans la forme, tout en restant aisément digeste du début à la fin. C’est à peu près aussi efficace avec Stupid Song (aussi un extrait), commençant comme une ballade pop qui gagne toutefois assez rapidement en intensité, sans perdre de son émotion. Le pont n’est pas notre segment préféré de la chanson, mais sa montée justifie finalement assez bien son ajout. Vraiment, la chanteuse sait trouver le parfait équilibre entre une musique à vocation commerciale et des bouts juste assez corsés pour nous garder alertes. On ne déteste pas du tout ça!

S’ensuit Honeybee, qui s’assume (pour vrai cette fois) dans la ballade piano-voix. D’autres instruments prennent momentanément place dans la deuxième moitié, mais l’esprit demeure bien respecté du début à la fin. Complètement à l’autre bout du spectre, Maggots for Brains est un morceau indie-pop entraînant et pas mal plus ludique musicalement, en plus d’avoir un refrain franchement redoutable. Et elle n’a pas été retenue comme single?! La seule explication un peu plausible est sa durée de 4 minutes, qui n’est pas optimale pour la radio, mais ça nous semble léger comme raison si c’est vraiment le cas! Quant à U + Me = <3, on est à peu dans le registre Taylor Swift, qui s’écoute bien sans grandes surprises. On trouve My Way légèrement trop criarde dans certains segments pour pleinement l’apprécier, mais on ne déteste pas le côté planant de Purple, qui semble toutefois se garder une certaine retenue.

Rodrigo revient avec une autre redoutable chanson titre, la simple The Cure, qui frappe surtout fort dans ses refrains. Le seul défaut qu’on peut lui trouver est sa longueur de tout près de 5 minutes, mais en même temps on serait bien embêté de trouver des bouts à couper tellement tout se tient! Retenons aussi le titre de la chanson, ça sera important dans quelques lignes. La suivante, Begged, pousse l’émotion au maximum (toujours avec une grande efficacité dans ses refrains), mais quand elle est entourée de chansons incontournables, elle a un peu plus de difficulté à vraiment de démarquer! Nous arrivons maintenant à What’s Wrong with Me, la seule collaboration de l’album (et selon ce qu’on lit, la première tout court sur un album d’Olivia Rodrigo), avec nul autre que Robert Smith, chanteur de… The Cure. On n’a rien lu d’officiel là-dessus, mais on ne croit pas vraiment aux coïncidences, surtout que d’autres ont souligné des petites influences du groupe dans certaines autres chansons. Maintenant que c’est dit, la chanson est bonne, mais elle n’a pas le même charme d’une chanson où c’est 100% la chanteuse qui a le spotlight!

Et on retourne à une autre ballade piano-voix, Less, avec même un petit côté jazzy dans l’interprétation qu’on trouve rafraîchissant, avant de revenir à une énergique chanson synthpop, Expectations. Le mix nous empêche toutefois de pleinement apprécier la proposition – on ne peut pas faire un bull’s eye à tout coup! C’est plus réussi dans la finale, la (majoritairement) douce Cigarette Smoke, une fois de plus à son meilleur dans les refrains. L’album ne manque pas d’excellentes chansons qui auraient pu prendre sa place, mais le choix de conclure sur un combo douceur/émotion n’est assurément pas le pire choix qu’on pouvait faire. On aurait justement un peu raccourci sa fin pour rester au maximum de son efficacité.

On aura mis du temps avant de prendre le temps d’écouter du Olivia Rodrigo, et on doit dire qu’on comprend déjà un peu mieux le buzz l’entourant. You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love est beaucoup de choses, mais «facile» ne ferait pas partie des qualificatifs qu’on lui donnerait en premier. Oui, ça s’écoute vraiment bien, mais on n’a pas affaire ici à un album bonbon où il suffit de mettre son cerveau à off pendant 50 minutes. Rodrigo nous offre une pop solide qui demande juste un petit effort pour nous permettre de pleinement comprendre sa direction artistique, et on a énormément de respect pour ça.

À écouter : Honeybee, Maggots for Brains, The Cure

8,3/10

Par Olivier Dénommée


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