The Rescue – Explosions in the Sky

Sorti le 11 octobre 2005

On ne se souvient pas pourquoi, mais dans notre série de critiques de la discographie du groupe post-rock texan Explosions in the Sky, on a sauté le 4e album, l’album-concept The Rescue, pour passer au 5e, All of a Sudden I Miss Everyone, à la place. Cela fait plusieurs années de cela, mais on se dit qu’il n’est peut-être pas trop tard pour réparer l’injustice qu’on a créée nous-même. Il faut dire que The Rescue a évité les titres poétiques pour se résumer à 8 pistes toutes nommées selon les 8 jours de l’aventure.

C’est très post-rock d’avoir une défectuosité mécanique sur son véhicule de tournée et de se dire «Faisons un album avec ça». C’est essentiellement ce qui est arrivé, et la mésaventure aura pris 8 jours pour être réglée, coûtant tout le petit change restant au groupe qui ne roulait pas sur l’or. Mieux encore, le processus complet aura duré deux semaines, dont 8 jours pour écrire les pièces et le reste pour les enregistrer et mixer le tout. On parle ici d’une sortie brute, tout en étant définitivement du pur Explosions in the Sky.

On a déjà l’habitude d’écouter nos albums dans l’ordre des chansons, et c’est encore plus vrai ici parce qu’elles sont numérotées ainsi. On commence donc par un Day One qui met très bien la table. Aucune grande surprise ici, surtout pour ceux qui sont déjà à l’aise avec le style du groupe. La pièce contient certes quelques tensions, mais elle contient aussi son lot de moments plus lumineux, montrant que le groupe ne s’est pas entièrement laissé démoraliser par son manque de chance. Comme d’habitude, faisons un peu la fine bouche en mentionnant que la fin aurait pu être légèrement resserrée pour être plus efficace, mais sinon rien à redire sur cette solide pièce d’ouverture! On bâtit sur la même vague Day Two, poursuivant plutôt bien la montée avec une certaine mélancolie plus assumée. Explosions in the Sky demeure un groupe instrumental, mais on apprécie les chœurs chantés qui donnent un côté éthéré à la deuxième moitié de la proposition.

Day Three est le moment où on assume le plus l’histoire du bris mécanique, puisqu’elle contient un long segment ambiant laissant place à un enregistrement vocal. Pas la plus intéressante musicalement, loin de là, mais sans elle, le concept ne se tiendrait certainement pas autant! Quant à Day Four, on se permet un mélange de batterie plus garage (c’est pourtant la même tout le long de l’album, mais elle ressort vraiment plus ici!) et d’émotions un peu plus légères. On se laisse aisément porter par le côté plus feutré et en retenue de Day Five, qui se permet tout de même une petite montée fort réussie. On en oublie même que la van n’est toujours pas réparée au stade de cette histoire!

Day Six joue quelque peu aux montagnes russes, avec quelques bouts plus explosifs avant de redescendre vers quelque chose de plus senti de la part du quatuor. On a des réserves sur certaines choix artistiques, notamment au niveau des percussions qui ne s’assument pleinement que plus tard, mais on ne peut nier que le résultat final se défend vraiment bien. On a presque une impression de country avec Day Seven, une surprise qui est loin d’être déplaisante à entendre dans cette pièce plutôt sentie qui nous amène tout doucement vers la fin de l’opus, Day Eight. Cette dernière, décrite comme un «au revoir», offre un certain regain d’énergie, un happy ending dans le sens le plus pur du terme, ayant un côté même sautillant qu’on n’associe pas spontanément à Explosions in the Sky. C’est aussi la piste la plus courte, marquant sans fla-fla la fin de cette aventure.

Il n’y a qu’Explosions in the Sky pour nous résumer un problème mécanique s’étalant sur 8 jours en une trentaine de minutes. The Rescue n’aurait pas dû exister dans un contexte normal, mais on apprécie beaucoup cette anomalie. On se demande encore pourquoi on a sauté cette sortie à l’époque, mais on est content d’y avoir prêté une oreille, avec un léger retard de plus 20 ans. C’est aussi un beau rappel qu’un album fort n’a pas nécessairement besoin d’un long processus créatif, de titres colorés et d’un sujet engagé. Le groupe a réussi à nous faire voyager dans son moment où il n’était lui-même plus en mesure de voyager; drôle d’ironie!

Il est possible de trouver cet album sur la page Bandcamp du groupe.

À écouter : Day One, Day Two, Day Seven

8,0/10

Par Olivier Dénommée


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