
Sorti le 16 octobre 2026
De décrire P’tit Belliveau (le projet musical de l’Acadien Jonah Guimond) d’ovni musical n’est pas particulièrement controversé, alors qu’il verse dans un folk/country métissé avec des influences complètement éclatées et avec des textes qui ne se prennent pas souvent trop au sérieux. Mais avec son quatrième album solo, l’homonyme P’tit Belliveau, il arrive à nous déstabiliser encore un peu… C’est que son précédent album, paru en 2024, portait le même titre. Règle générale, on note un élément qui ressort de la pochette (souvent la couleur) pour différencier les sorties, mais jusqu’à présent, on n’a pas constaté d’efforts de la part des critiques pour distinguer P’tit Belliveau 2024 et P’tit Belliveau 2026. Cela viendra peut-être un peu plus tard!
Une fois qu’on met la possible confusion entourant le titre de côté, on peut s’intéresser à la musique. On est accueilli par Si qu’le monde finira, du pur P’tit Belliveau des l’interprétation, avec son fort accent toujours aussi assumé. Les arrangements donnent à la chanson un côté marin sympathique, avec en bonus une montée dans la dernière minute où le rock prend progressivement le dessus. Il passe ensuite à l’anglais le temps de la simple Cheap Cruise. La chanson s’écoute bien, mais manque d’un petit mordant qui la rendrait vraiment mémorable! Commentaire similaire pour Ça goûte à bon, qui met toute l’énergie sur les textes au détriment des mélodies. Elle demeure quand même très drôle à écouter, et on se surprend de son accent lorsqu’il dit «bon».
La bilingue I Don’t Care Anymore (couplets en français, refrains en anglais) nous convainc grâce à son énergie plus nerveuse et son rock qui devient de plus en plus agressif plus la chanson avance! Elle est suivie de Si longtemps séparé, chantant l’attachement de plusieurs Acadiens pour la Louisiane. C’est simple dans la forme, mais somme toute bien ficelé! On continue avec C’est fine, mettant de côté le folk pour se concentrer sur un rock bien lourd. Et… on doit dire que ça fonctionne vraiment. Il y a quelque chose de naturel dans la proposition qui la rend à peu près irrésistible. À l’autre bout du spectre, Parfait pays invite le rappeur kinji00 le temps d’une chanson, pour un résultat qui ne nous rejoint pas du tout. Mais ça nous rappelle le vaste éventail de P’tit Belliveau!
Ça qu’ils disont revient à un style plus «traditionnel», sans grandes surprises, ce qui jure après des chansons plus audacieuses juste avant. S’ensuit Rinque de même que c’est, folk-rock sympathique (la chanson ne nous marque pas outre mesure, mais le solo de guitare vaut le détour!), puis Mi-temps de juillet, petit folk tout simple qui ne contient pas de fla-fla… sauf peut-être dans les dernières secondes! Cela reste du P’tit Belliveau et ça aurait pu être la conclusion parfaite pour son album. Il nous surprend toutefois une dernière fois avec une nouvelle version d’une de ses vieilles chansons : Income tax (frog version). C’est, en résumé, Income Tax en version métal lourd, et avec les paroles remplacées par un bruit de «grenouille». C’est une proposition qui fait sourire, mais on va s’en tenir à la version originale!
Ce nouvel album de P’tit Belliveau est surprenant dans la mesure où il va dans toutes les directions et à différents extrêmes en assez peu de temps. Et parmi ces «extrêmes» se trouvent aussi des chansons extrêmement simples, plus sérieuses, qui tranchent évidemment avec ses compositions plus humoristiques, qui sont pas mal plus marquantes. Dans l’ensemble, l’album s’écoute bien (pour du P’tit Belliveau, on s’entend, puisqu’il faut l’apprivoiser au moins un peu avant de s’attaquer à un album complet!), mais on va dans tellement de directions qu’on ne sait pas si elles sont toutes aussi bien explorées et assumées. Un peu plus de recul pourra être bénéfique pour voir ce qui reste vraiment de ce quatrième album, mais pour devine que certaines chanson vieilliront peut-être mieux que d’autres!
Cet album est notamment disponible sur la page Bandcamp de l’artiste.
À écouter : I Don’t Care Anymore, Si longtemps séparé, C’est fine
7,4/10
Par Olivier Dénommée
En savoir plus sur Critique de salon
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.