
Sorti le 18 février 2025
Vous savez comment on aime écouter les bandes sonores de jeux vidéo, et parfois on s’amuse à plonger à l’aveugle dans ces musiques sans même connaître le jeu d’où elles proviennent. C’est ce qui est arrivé lorsqu’on a décidé d’écouter la première partie de la bande originale du jeu Lost Records: Bloom & Rage, paru plus tôt en 2025. Ce qui nous a intéressé? La présence du duo montréalais Milk & Bone parmi les compositrices.
Tout de même, quelques mots sur le jeu : Lost Records est un jeu d’aventure narratif en 2 parties, lancée par un studio montréalais. Le jeu se concentre sur le personnage de Swann et de ses choix qui influencent la suite des choses avec ses 3 amies. Dans le cadre de cette critique, on s’intéresse spécifiquement à la première partie du jeu, Bloom, et évidemment de sa musique, que l’on analyse tout à fait en dehors du contexte du jeu.
Notons qu’en plus de Milk & Bone, les artistes féminines sont particulièrement à l’honneur ici. L’autre compositrice principale est Ruth Radelet et ce qui semble être la chanson-thème du jeu est jouée par le Nora Kelly Band (aussi de Montréal). On commence d’ailleurs avec See You in Hell de Nora Kelly Band, un punk-rock garage très brut qui rentre au poste. Elle n’est toutefois pas tout à fait représentative de ce qui nous attend dans le reste de la bande sonore : lorsque Ruth Radelet prend la place, on a plutôt droit à une une pop rêveuse, comme c’est le cas de Dreamers, qui a comme seul défaut de s’étirer plus que nécessaire au-delà de la barre des 4 minutes pour une longue minute et demie de musique plus atmosphérique. Puis, avec The Wild Unknown, elle nous porte avec une chanson planante, simple, mais très réussie. Encore une fois, la portion finale est ambiante – on devine que ça a un sens dans le contexte du jeu –, mais on doit reconnaître que ce segment est plus court cette fois, ce qui fait mieux passer la pilule!
C’est ensuite qu’entre en scène Milk & Bone, et qu’on admet une certaine déception : si les précédentes artistes ont été invitées à faire entendre leur voix, les filles de Milk & Bone se concentrent essentiellement sur de la musique instrumentale, pour l’ambiance. Cela donne une Limimal Spaces extrêmement lente et longue, où on ne reconnaît malheureusement pas tout le talent qu’on connaît du groupe. On finit par entendre quelques voix éthérées, mais seulement pour ajouter à l’ambiance dans la dernière minute. On entend davantage leurs voix dans la suivante, Velvet Cove, tout en se limitant à un registre beaucoup plus doux que ce à quoi elles nous ont habitué par le passé. Comme dans le cas des chansons de Ruth Radelet, la portion finale, un peu plus d’une minute, passe à une musique plus ambiante, presque spatiale.
Moonlight propose un équilibre entre l’atmosphère désirée et le côté pop de Milk & Bone, qui chante pas mal tout le long, mais encore une fois de façon relativement discrète. S’ensuit Riot, morceau instrumental plus lourd et chargé, particulièrement dans la 2e moitié. The Abyss propose quant à elle un des morceaux ambiants les plus efficaces de l’album, créant quelques build-up très solides au fil de la piste.
Avec A Place Like Home, on revient à Ruth Radelet pour une dernière piste. Le début a quelque chose de très zen, tout en gardant un petit côté pop. C’est vraiment très réussi. Notons que la dernière piste de la bande sonore est See You in Hell (Instrumental Version), soit une version sans paroles de la chanson entendue au tout début. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais lorsqu’on écoute l’opus en boucle, cela fait qu’on entend la même chanson 2 fois d’affilée! Et on préfère de loin la version avec voix, alors on voit cette version comme un bonus, sans plus.
La vie est parfois faite d’ironies : c’est le nom de Milk & Bone qui nous a attiré vers la bande sonore du jeu Lost Records: Bloom & Rage, mais au final les meilleures pièces ne sont même pas jouées par le duo. Évidemment, cela reste une écoute de cette musique tout à fait hors contexte, et Milk & Bone a fort probablement eu la tâche ingrate de fournir les morceaux plus atmosphériques de la bande sonore, ce qui est dommage parce qu’à aucun moment il n’a été à 100% de sa capacité, alors qu’on a plutôt l’impression que Ruth Radelet a eu la chance de briller pas mal plus. Et, qui sait, peut-être que si on jouait au jeu, nos perceptions seraient entièrement différentes, comme c’est souvent le cas quand on critique une musique dans le contexte où elle a été créée versus quand on essaie d’écouter l’album en dehors du cadre. Reste qu’il y a des éléments assez intéressants dans la proposition, quelque part entre l’ambiance et la nostalgie. Cela peut évidemment rejoindre un certain public! On ne regrette pas d’avoir pris un risque avec cette musique.
La bande sonore complète (incluant la 2e partie, non couverte ici) se trouve notamment sur Bandcamp.
À écouter : See You in Hell, The Wild Unknown, A Place Like Home
7,6/10 (hors contexte)
Par Olivier Dénommée
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