
Sorti le 10 avril 2026
On n’écoute pas tous les jours la musique de Les Louanges, le projet musical de Vincent Roberge, mais depuis qu’il a commencé à être connu, on s’est fait à l’idée qu’il était capable de nous surprendre. C’est presque à reculons que l’on a décidé d’écouter Alouette!, son 3e album studio, à cause de sa longueur de 54 minutes qui nous laissait croire à un opus dense et probablement imprévisible. On a essentiellement eu raison sur la densité et l’imprévisibilité, mais après quelques écoutes, on a apprivoisé cette diversité et, surtout, ses prises de position politiques assumées qu’on trouve incroyablement rafraîchissantes à entendre en 2026.
Dès Je confirme ma présence, on a le ton. On retient les textes incisifs : «Steak, blé d’Inde, patates / C’est fini / Le monde est à ta porte / Des munitions tirées sur des Gazaouis / Sont faites au Québec mon pote», relayés dans une piste aux tendances hip-hop. Ce n’est pas tant une chanson qu’on écouterait en boucle, mais plutôt un message clair que Les Louanges nous envoie. La mention de l’alouette – représentant la culture québécoise – apparaît dès cette piste et se répétera à plusieurs reprises au cours de l’opus, confirmant le côté très engagé de la proposition.
On n’est pas certain si c’est volontaire, mais Au pied de la montagne (sauvez mon âme) nous fait penser au mélange de 2 chansons québécoises, Sauvez mon âme de Luc De Larochellière (à cause du titre, évidemment) et Promenade sur Mars d’Offenbach à cause des mélodies dans les refrains. Cela en fait une piste étrangement nostalgique! Après un bref interlude Alouette, tu te fais plumer! (reprenant la célèbre comptine), on enchaîne avec Promis juré, ouvrant sur un extrait d’un monologue d’Yvon Deschamps. La chanson nous livre peut-être les paroles les plus punchées (et d’actualité) de tout l’opus sur un pop nonchalante : «Si tu crois que le prix de l’essence va descendre / Parce qu’un gars t’a dit que l’autre savait pas s’y prendre / Si ton pays cherche son change / Pis tu crois que c’est la faute d’un enfant d’immigrant / Et ben j’ai une mauvaise nouvelle pour toi / La pomme on l’a croquée bien avant eux / Et ça tu le sais.» On découvre un Vincent Roberge souverainiste, mais refusant de blâmer «l’Autre» pour se remonter, un message plus pertinent que jamais en 2026.
On retrouve un Les Louanges groovy dans Correct, morceau contagieux à souhait, particulièrement lorsqu’il est écouté dans l’auto. Bonne chance pour ne pas répéter «Si t’es correct, moi chu correct», toute la journée après l’avoir entendue quelques fois! On s’adoucit le temps de Franchement, Lia (du nom de sa blonde), surtout efficace dans son refrain, et de la minimaliste Ne me quitte pas des yeux, au titre nous faisant immédiatement penser à Ne me quitte pas de Jacques Brel (décidément, on voit des liens partout!). Musicalement, on a même droit à un bref segment qui pourrait, avec un peu d’imagination, être un mélange entre I Want to Break Free (Queen) et On the Road Again (Willie Nelson). Il y a des moments où voir trop de similitudes avec d’autres chansons nuit à notre appréciation d’un album, mais dans ce cas-ci, ça attise plutôt notre curiosité et ça nous amène à nous demander ce qui est voulu et assumé, ce qui est fait inconsciemment, et ce qui a été carrément imaginé par notre interprétation de l’œuvre!
Tu me coupes l’herbe est une chanson un peu étrange : c’est une des moins intéressantes vocalement (surtout au début), mais une des plus importantes en abordant notamment la masculinité et la question de la mort. Elle a aussi un groove intéressant, mais jamais autant que Correct, disons! S’ensuit À la nage, aux influences assumées de Bon Iver, menant à l’accrocheuse La journée va être chaude, arrivant à un bel équilibre entre des rythmes contagieux et des textes engagés. L’autre interlude Alouette, as-tu oublié? nous mène à Chez nous, autre chanson qui crinque le positionnement politique au maximum. Un autre bon coup de sa part.
On revient à un folk relativement simple (et un peu vulnérable) le temps de Le gars dans le cadre de porte, cachant tout de même un build-up bien amené. Quant à GODDAMN!, on joue aux montagnes russes dans les intensités de la chanson qui porte très bien son titre (et ses majuscules). Comment conclure un tel album? Avec Je bouge pas, morceau commençant de manière minimaliste et sentie de la part de Roberge cachant une montée beaucoup plus explosive. Même si on finit par sentir une certaine fatigue à cause de la longueur de l’album (ce qui n’est pas anormal dans un monde où les albums dépassent de moins en moins souvent la barre des 40 minutes), cette petite surprise finale n’était pas nécessaire, mais n’est pas non plus déplaisante à entendre.
Tout un défi de résumer Alouette!, qui couvre beaucoup de terrain en 54 minutes. La musique de Les Louanges ratisse tellement large qu’on ne saurait dire à qui il s’adresse précisément dans ses compositions, mais dans ses textes, on sent qu’il trace un portrait assez juste du Québec aujourd’hui, avec ses qualités, ses défauts et des aspirations. On serait curieux d’y revenir dans 10, 20 ans et voir à quel point ses constats s’appliquent encore ou pas, mais dans l’immédiat, on doit dire qu’on a vraiment droit à un bel exercice de sa part. On est heureux d’avoir surmonté nos a priori pour écouter cet album qu’on qualifierait d’intelligent et de nécessaire et on ne peut que vous inviter à prendre le temps de l’écouter pour vous aussi.
Il est notamment possible de trouver l’album sur la page Bandcamp de l’artiste.
À écouter : Au pied de la montagne (sauvez mon âme), Correct, La journée va être chaude
8,2/10
Par Olivier Dénommée
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