
Sorti le 8 mai 2026
Le sixième album du projet Mélisande est attendu depuis un certain temps, lui qui a été précédé par un premier single dès mars 2025 pour annoncer qu’il s’en venait. Le voici enfin : Sur la même longueur d’onde, un album de 8 pistes, toutes chantées en duo avec différents collaborateurs, et s’éloignant du répertoire traditionnel pour des compositions modernes auxquelles se greffent des éléments trad.
Rappelons que le projet dirigé par Mélisande Gélinas-Fauteux et son conjoint Alexandre de Grosbois-Garand s’est longtemps fait connaître son son style électrotrad, reprenant le répertoire traditionnel pour leur donner un tout autre enrobage. Sur ce nouvel album, on va quelque peu ailleurs : Mélisande revient pour la première fois depuis des années à la composition et a écrit des chansons, souvent avec la collaboration des artistes invités, donnant un opus bref (seulement 25 minutes), mais très éclectique dans les influences, sans sacrifier le fil conducteur, qui est la voix de la chanteuse et la présence assumée d’éléments trad qui bonifient les chansons.
L’écoute ouvre sur Francos d’Amérique (avec Jacobus), par ailleurs la première chanson qui a été dévoilée du projet. C’est aussi la chanson la plus engagée de l’album, invitant sur une musique dansante à être fier de sa langue française en Amérique. Elle est suivie du second extrait, la sympathique Ça date pas d’hier, avec la légendaire Édith Butler, avec un message s’apparentant à la fin de Dégénérations de Mes Aïeux : certaines choses ne changeront jamais! Le côté ludique de Mélisande est par ailleurs très présent au fil de cet album, ce qu’on apprécie dans les chansons comme À l’abri du tempo avec nul autre que Damien Robitaille. C’est d’ailleurs aisément une des chansons phares de l’album, avec des mélodies drôles et accrocheuses, particulièrement dans les refrains. Il y a un petit côté Bleu Jeans Bleu qui ne se prend pas trop au sérieux et c’est loin d’être déplaisant!
Mélisande sait aussi nous surprendre en collaborant avec Kizaba sur Kinshasa-Kébek, où elle s’est clairement laissée influencer par les racines africaines de son collaborateur, donnant une toute autre énergie, assez explosive vocalement, à la chanson. S’ensuit Lachés lousses avec Séba et Horg, aux sonorités électroniques incroyablement ludiques, qui nous font un peu penser à du Valaire et qui mettent bien en valeur les textes légers et tout aussi efficaces, pour un résultat étrangement contagieux! Il est rare qu’une collaboration avec des rappeurs est parmi nos highlights d’un album, mais quand c’est aussi bien amené, difficile de faire autrement que de le souligner!
On voyage ensuite vers l’Amérique latine le temps de Sans courir toujours, avec des segments en espagnol apportés par Mamselle Ruiz. La dynamique entre les deux chanteuses est bonne et naturelle, et le segment instrumental plus trad est un bel ajout à la chanson déjà fort sympathique. Disco set carré invite ensuite une sommité du trad québécois, Yves Lambert, pour une autre chanson très ludique. On aurait même pris un peu plus de Lambert, qui n’a pas eu l’occasion de briller autant que d’autres collaborateurs au fil de l’album! Le dernier mot revient à Katia Rock avec Dans tous tes états, avec des lignes en innu. Après plusieurs chansons plus légères et ludiques, on revient ainsi à quelque chose de plus sérieux pour la finale. On se demande seulement si c’était le meilleur état d’esprit pour conclure un album comme Sur la même longueur d’onde, alors qu’il aurait été tout à fait possible de conclure sur une note plus légère!
Dans son ensemble, l’album sort à la fois des sentiers battus sans complètement nous dépayser. Malgré les énergies très différentes d’une piste à l’autre, on reconnaît bien la vibe de Mélisande, et la variété fait en sorte que l’on n’arrive jamais à se tanner des propositions qu’elle fait. Évidemment, le trad et en particulier l’électrotrad restent une niche, mais Sur la même longueur d’onde met tous les efforts pour ouvrir au maximum cette niche à un plus large public en proposant des chansons pop solides qui s’adonnent à inclure des éléments trad, ce qui est un parti audacieux sur papier, mais qui se fait finalement assez naturellement sur ce nouvel enregistrement. On sait que le projet a pris beaucoup de temps avant d’arriver à maturité, et ça paraît!
À écouter : À l’abri du tempo, Lachés lousses, Sans courir toujours
Par Olivier Dénommée
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