
Sorti le 15 mai 2026
En quête de nouveauté, on est tombé sur le deuxième album de l’artiste américaine d’origine soudanaise Dua Saleh, Of Earth & Wires, jouant entre pop, RnB, électro et hip-hop. Son album est très court – 26 petites minutes –, mais il est assez dense et ne nous a vraiment pas laissé indifférent.
Avant de commencer cette critique, notons que Dua Saleh est non binaire. On tentera autant que possible de respecter ses pronoms, mais cela ne devrait pas changer la perception que l’on a de sa musique, qui contient par ailleurs quelques petites pépites! L’album contient aussi plusieurs collaborations, dont une plus connue que les autres (on y reviendra), montrant que l’artiste a déjà su attirer l’attention d’autres musiciens talentueux.
L’ouverture de l’album, 5 Days, est très minimaliste dans l’instrumentation, du moins dans la première moitié, afin de laisser toute la place à la voix de Saleh. La deuxième moitié est au contraire pas mal plus chargée et surtout criarde. Ce n’est pas le registre qu’on préfère, mais après quelques écoutes, on finit par trouver un certain charme à cette intensité. On a toutefois droit à quelque chose de plus égal avec B r e a t h e, sur une énergie RnB entraînante et assez assumée.
S’ensuit la première des nombreuses collaborations de l’album, avec nul autre que Bon Iver (Justin Vernon) sur Flood. La combinaison fonctionne, entre la voix enveloppante de Dua Saleh et le falsetto de Bon Iver, sur un groove somme toute sympathique, mais on aurait tendance à s’attendre à encore un peu plus de ce duo. Ceci étant dit, ce n’est même pas la seule fois que Bon Iver se fait entendre sur l’album : on le retrouve aussi sur Keep Away et sur Glow. La première est en fait assez contagieuse, bien que Vernon se fait entendre là où sa compte, et la deuxième permet aux deux chanteurs de briller de façon à peu près égale, avec en prime une montée assez efficace qui donne tout son sens à la piste.
Revenons à l’ordre des chansons : Cállate vient après Flood, avec une chanson chargée et un tantinet hyperactive, alternant entre des bouts légers et rythmés et d’autres beaucoup plus agressifs. Ce n’est pas pour tout le monde, mais ceux qui aiment un registre plus hip-hop seront gâtés! Quant à Firestorm, le début qui donne l’impression qu’il y a un bogue suffit à nuire à notre appréciation de la piste, ce qui est dommage parce que la chanson se développe en piste RnB relativement efficace par la suite. On a toutefois un petit faible pour I Do, I Do, qui nous fait quelque peu penser à une version beaucoup moins bonbon de Taste de Sabrina Carpenter dans le refrain. Et c’est bien parfait ainsi!
Speed Up mise sur un build-up réussi, sans être exceptionnel, mais on ne peut pas lui enlever qu’elle s’écoute tout de même excessivement bien quand on veut un peu de soleil dans les oreilles. Elle nous mène à Anemic, une collaboration avec Gaidaa, qui nous ramène au RnB des années 90 (plus spécifiquement The Boy Is Mine de Brandy & Monica en plus laid back). Cela nous mène à la finale, ALL IS LOVE, une dernière collaboration, cette fois avec la poétesse Aja Monet. Le rythme est convaincant et le refrain simple mais vraiment efficace. Mis à part un bridge légèrement moins efficace, et les 30 dernières secondes qui n’étaient pas nécessaires pour garder un haut niveau d’efficacité, on ne pouvait pas espérer une meilleure conclusion pour cet album. Il faut dire que c’est aussi la chanson la plus longue de l’album, avec 3min27, et ça paraît que l’artiste s’est laissé le temps de davantage développer la chanson par rapport au reste de l’album!
Dur à croire, mais on a bien affaire à un album de 11 chansons en à peine 26 minutes tellement c’est dense! On touche aussi à beaucoup de registres en assez peu de temps, ce qui est un peu déstabilisant à la première écoute, mais qui montre une certaine maîtrise de Dua Saleh qui s’approprie avec brio différentes énergies. Toutes n’ont certes pas la même efficacité, mais c’est beaucoup une question de préférence personnelle. Amateurs de musique urbaine, vous pourriez y trouver votre compte assez facilement! Ceci étant dit, on doit mentionner que la courteur des chansons peut nuire à certains égards : certaines semblent ne pas tout à fait aller jusqu’au bout de leur idée, ce qui est toujours dommage quand ça arrive, surtout quand il ne manquerait que quelques dizaines de secondes pour avoir l’occasion d’être pleinement abouties.
Cet album est disponible sur la page Bandcamp de Dua Saleh.
À écouter : B r e a t h e, I Do, I Do, Anemic
7,7/10
Par Olivier Dénommée
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