
Sorti le 18 septembre 2026
On n’en revient pas, mais cela fait déjà 10 ans que l’on a critiqué pour la première fois la musique de Sara Dufour, pour son premier album, Dépanneur Pierrette. C’était encore sans savoir à l’époque qu’elle allait vite s’imposer dans le paysage québécois et qu’aujourd’hui à peu près tout le monde a au moins entendu parler de ses tounes ou de son énergie débordante. La sortie toute récente de son quatrième album solo, Dolbeau-Mistassini (du nom de sa ville natale, une information publique depuis ses tout débuts), nous rappelle qu’elle n’a rien perdu de son côté authentique et proche de ses racines.
Comme c’est de plus en plus la mode dernièrement, l’album est très court, avec même pas 26 minutes de musique. On reconnaît toutefois sans problème la musique aux tendances folk-country qui ont fait la renommée de Dufour depuis ses débuts. Notons aussi que Dany Placard réalise l’album, une collaboration plutôt naturelle ici.
Après une petite Intro instrumentale, on a vite droit à la chanson-titre Dolbeau-Mistassini. Malgré son titre, celle-ci passe beaucoup plus de temps à raconter sa vie de tournée et ses trajets impossibles (son refrain parle de shows successifs à Montréal, Fermont, Mansonville et Drummondville… elle doit aimer faire de la route parce qu’elle chante «I love my life» durant ce segment!). Le dernier couplet raconte ses expériences les plus folles, tout en assurant qu’elle n’oublie pas d’où elle vient. Si la composition n’est pas la plus complexe, loin de là, son côté terre-à-terre et authentique risque d’en séduire quelques-un et faire plaisir aux résidents de sa ville natale en même temps!
S’ensuit Alright, qui assume un côté plus rock avec succès, avec une énergie très proche du live. Elle mène à la très sympathique Dans l’temps, où Sara Dufour nous raconte une toute autre époque. On doit quand même dire qu’on se demande de quel «temps» elle parle exactement, parce que dans la même chanson elle parle d’«acheter des framboises à une cenne», boire de la Black Label en bouteille, envoyer des fax et avoir un téléphone à roulette! Quoi qu’il en soit, elle conclut avec la classique «On était ben dans l’temps», phrase nostalgique par excellence, de façon presque sèche, comme si on ne savait pas vraiment comment conclure la chanson qui est autrement incontournable.
Après des chansons plus ludiques, on apprécie beaucoup Paraît, plus lente et sentie de la part de la chanteuse. Même Y’a neigé nous ramène au côté très country d’être pogné dans le mauvais temps en hiver dans une région comme le Lac-Saint-Jean. La suivante, Quand, revient à quelque chose de plus énergique musicalement, tout en étant très émotif dans le ton de la chanteuse. Sans le nommer, on devine aisément qu’elle chante au sujet de son amoureux, Dominique Hudson. La chanson est suivie d’une composition bluesy vulnérable, Mon cœur, menant à la finale de l’album, La mémoire de l’eau, conclusion introspective et honnête (quoiqu’un peu courte à notre goût) pour un album justement très personnel pour Sara Dufour.
Il y a 10 ans, on ne savait pas si la personnalité particulière de Sara Dufour allait réussir à rejoindre le grand public. On est finalement bien heureux qu’elle ait eu droit à son spotlight, et ce, sans avoir eu à mettre d’eau dans son vin pour devenir commercialement plus accessible. C’est du pur Sara Dufour qu’on entend ici, avec ses quelques faiblesses, oui, mais surtout ses forces. Si son style n’est pas pour tous les goûts, il y a toujours quelque chose de rafraîchissant à l’écouter chanter avec un plaisir toujours aussi évident.
Cet album est notamment accessible sur la page Bandcamp de Sara Dufour.
À écouter : Paraît, Y’a neigé, Quand
7,8/10
Par Olivier Dénommée
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