
Sorti le 23 octobre 2026
Certains mélomanes ont eu l’occasion de découvrir la musique de Fyore plus tôt cette année avec sa participation remarquée aux Francouvertes, où elle s’est rendue jusqu’en finale. Pour notre part, on découvre sa musique à travers son premier album, un ambitieux album homonyme de 16 pistes où elle nous plonge dans son univers mélangeant allègrement afropop, musique électronique maximaliste et house, principalement en français.
Fyore, l’alias musical d’Élodie Kpanté, est née d’un père togolais et d’une mère québécoise ayant grandi à Gatineau avant de déménager à Montréal. Si son identité québécoise est bien affirmée, ses racines africaines se font aussi grandement entendre à travers cette musique plutôt chargée (et, disons-le, souvent énergique), qui explore en plus des thèmes qui lui tiennent à cœur, tantôt plus intimistes, tantôt plus engagés. Cela aura pris beaucoup de longues écoutes avant d’arriver à cette critique, et on a encore l’impression d’être très loin de tout avoir apprivoisé!
Dernière mention avant de vraiment commencer : Fyore invite quelques artistes au fil de l’opus, tous des artistes noirs du Québec. Ce n’est évidemment pas une coïncidence, alors que l’artiste assume ses racines africaines et les met bien de l’avant, et ce, sans accepter d’entrer dans des cases très définies. La première piste, Écoutes, met d’ailleurs de l’avant Komēdza avec un texte engagé qui semble résumer la démarche de l’album. On enchaîne aussitôt avec Fyore, une introduction bien surchargée du personnage de Fyore! Le côté maximaliste de sa musique est pleinement assumé; on aimera ou pas, mais dans tous les cas on ne restera pas indifférent face à sa proposition! Qui ça respire un petit peu plus (même si elle est rythmée au point de presque donner le vertige!), ce qui nous permet d’apprécier certaines nuances supplémentaires dans la voix de la chanteuse.
Le début d’Agnosthesia ne nous convainc pas tout à fait, mais une fois qu’elle débute vraiment, elle nous offre quelques belles surprises. La chanson n’est toutefois pas très longue (ce qui est plutôt normal quand on parle de 16 pistes en 37 minutes) et n’a pas le temps de vraiment nous accrocher avant qu’on passe à la suivante, Call Me!. Cette dernière, avec Dlbinks, offre un bon équilibre entre rythmes contagieux et mélodies textes sentis. Quant à Autoportrait, on découvre vraiment le côté vulnérable de Fyore, sur un début de chanson en piano-voix. On aurait aisément pris une chanson complète dans ce registre, mais après une minute, on retourne à une énergie plus chargée et plus en ligne avec l’énergie du reste de l’album. La chanson évolue d’ailleurs à quelques reprises, et on a l’impression que si elle s’était terminée après 2min30, elle aurait conservé son efficacité au maximum.
Continuons avec Kokou, morceau bref mais intense et chaotique, puis avec Kavanal, proposition plus nuancée, mais avec un léger abus d’effets dans la voix! Mention au segment final, durant 45 secondes, qui ne manque pas de rythme et de mordant! La suivante, Echo, invite Raccoon pour un moment plus près du hip-hop se concluant toutefois sur quelques lignes de piano. Si Bassar ne contient pas de featuring formel, elle met en vedette le talent de Pape Ndiaye et de Sadio Sissokho, deux musiciens africains de grand talent, ce qui s’entend aisément dans cette chanson qui est plus «conventionnelle» dans les choix instrumentaux afin de ne pas noyer les invités. Un bon coup de la part de Fyore!
Quoi? est la dernière chanson avec une invitée, soit Fraud Perry, mais elle peine à nous séduire de par ses choix artistiques. Wow ne dure que 21 petites secondes avant Fan Behavior, montagnes russes d’énergies entre bouts plus modérés et d’autres très chargés. La suivante, l’extrait Jenny, semble régler des comptes avant une ancienne flamme! Le tout, sur une musique de plus en plus intense au fil de la piste de 3 minutes! Cette surcharge se poursuit avec Switch, ce qui nous mène à la finale de cet album, Afrokeb, une autre chanson très personnelle où Fyore chante sur son héritage afro-québécois. C’est intense (et de plus en plus rapide!), mais la chanson se termine avec un bref segment de cordes émotives, comme pour faire tomber toutes les tensions accumulées au fil de l’album.
On n’écoute pas trop souvent des albums de musique maximaliste, et ce premier album de Fyore nous rappelle assez vite pourquoi! C’est tellement chargé qu’on ne sait plus où donner de la tête, et les chansons sont souvent tellement courtes qu’on n’a même pas le temps de se rendre compte qu’on est déjà passé à la suivante. On peut parler d’une écoute déstabilisante, avec beaucoup de bonnes idées, mais c’est évidemment quelque chose d’assez niché qui s’adresse à un public plutôt restreint. Pour son premier album, on sent que Fyore s’est permis d’aller dans toutes les directions à la fois, mais cela ne l’empêcherait pas de préciser quelque chose la direction qu’elle souhaite prendre, sans nécessairement se limiter. Elle a aussi su montrer une facette plus vulnérable dans quelques bouts, et on aimerait bien qu’elle mette encore plus cette vulnérabilité de l’avant dans le futur, ce qui pourrait contrebalancer les bouts plus explosifs qu’elle a visiblement beaucoup de plaisir à créer!
Cet album est notamment accessible sur Bandcamp.
À écouter : Qui ça?, Call Me!, Bassar
7,3/10
Par Olivier Dénommée
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