
Sorti le 23 octobre 2026
Il nous est arrivé à quelques reprises de critiquer ces dernières années une bande sonore d’un jeu ou d’un film, par intérêt pour l’artiste signant la bande sonore en question, mais pour une rare fois, on a été au cinéma pour voir le film tourné en stop motion Wildwood, réalisé par Travis Knight après un processus de 16 (!) années de travail. Touché par la puissance du film, on a naturellement décidé de se pencher sur sa musique spécifiquement, celle-ci étant essentiellement écrite par Dario Marianelli, qui cumule depuis plus de 30 ans des dizaines de bandes sonores, incluant à peu près tous les drames mettant en vedette Keira Knightley (sans blague, on compte parmi ses œuvres les plus primées la musique de Pride & Prejudice, Atonement et Anna Karenina!). Dans Wildwood: Original Motion Picture Soundtrack, une bande sonore de 65 minutes, le compositeur a grandement contribué à créer les ambiances dans le film, mais il est aussi intéressant de voir comment les pièces s’en sortent même en dehors de leur contexte.
Comme on parle d’une fantaisie épique, il n’est pas surprenant que les pièces soient au service de l’action à l’écran, ce qui rend sa pertinence moins évidente en dehors de ce contexte bien précis. La pièce d’ouverture, The Impassable Wilderness résume à elle seule assez bien les énergies qu’il sera possible de rencontrer au fil de l’album, avec des bouts tantôt ambiants, doux, tendus ou surchargés. Ça fait assurément son effet dans le film, mais en dehors cela sert de petite carte de visite. Meet the McKeels nous calme rapidement avec un petit folk sans prétention, qui se termine toutefois avec une pointe de mystère, nous rappelant que tout ne va pas se passer comme on le voudrait, une inquiétude qui se poursuivra notamment dans Into the Wild Wood, avec même des petits sons qui s’approchent de son de corbeaux. Le segment final de piano empreint de mélancolie est par ailleurs très réussi.
Les effets dans l’instrumentation sont assez efficaces dans le film pour introduire certains des vilains, ce qu’on entend notamment dans The Coyotes et A Wildwood Chase. On n’écouterait pas ces pistes pour le plaisir, mais on a le cœur qui bat plus vite juste à les entendre de nouveau! On a toutefois un petit faible pour les ambiances de Journey to South Wood et même Alexandra, the Dowager Governess, créant une certaine lueur d’espoir sans complètement effacer la noirceur… un thème assez récurrent ici!
Plus loin, on apprécie certaines compositions quelque part entre une énergie militaire et des éléments folkloriques, dont le début de Curtis Rides Out. La pièce change toutefois d’énergie à quelques reprises, avec un moment plus magique, puis plus sombre. Dans le film, on ne se pose pas trop de questions parce que ça suit l’image, mais sur album, ça donne un peu plus l’impression d’un patchwork tellement on change d’énergie souvent en 4 minutes! Cela reste un bel exercice de styles dont on peut apprécier les subtilités! On apprécie aussi énormément la beauté d’Alexei’s Story, dont le côté tragique est particulièrement bien rendu par Marianelli. A Flight and a Dogfight porte assez bien son titre parce qu’elle est divisée en deux moitié, une première aérienne et la seconde très agressive. Les deux parties sont tout de même assez solides!
Laissons place à l’émotion le temps d’Here’s the Thing, un rare moment où on ne faufile pas d’autres ambiances au milieu ou à la fin, chose qui arrive un peu plus loin avec The Deal, au début empreint d’émotions avant de devenir vraiment lugubre par la suite! Iphigenia and the Mystics suit aussi, dans une moindre mesure, cette même direction.
Le prochain segment de l’album est probablement son plus intense, alors qu’une grande bataille se dessine. D’ailleurs, les titres laissent assez peu de place à l’imagination. On enligne ainsi les Three Armies, Into Battle, ATTACK!, The Plinth… le tout avec intensité. Ça fonctionne vraiment bien dans le contexte du film, mais sans le visuel, ça n’a pas le même punch ensuite. Il faut quand même dire que Victory qui suit se prend très bien après cette séquence chargée! Time to Go Back comporte aussi sa dose d’intensité, mais sur un ton beaucoup plus ensoleillé que le reste de la bande sonore, nous confirmant que tout est bien qui finit bien! Homecoming revient même au folk comme pour nous signaler le retour à la normale.
Si la bande sonore de Wildwood est signée Dario Marianelli, la dernière piste fait exception, puisqu’on fait plutôt appel au groupe The Decemberists pour la chanson The Better Part of Bravery. Le choix du groupe n’est pas anodin puisque l’histoire du film se passe près de Portland, Oregon… exactement d’où vient le groupe. The Decemberists signe ainsi une chanson originale, par ailleurs lancée en extrait peu avant la sortie du film, apportant un petit vent de légèreté à une histoire parfois un peu lourde!
Au cinéma, la bande sonore de Dario Marianelli fait un travail impeccable, complimentant à la perfection presque chaque scène. Mais, comme on pouvait s’y attendre, le niveau de magie n’est pas aussi élevé en dehors de ce contexte. On retiendra donc les pièces qui portent une émotion sans avoir besoin de l’image pour atteindre leur pleine efficacité. Cela nous amène toute de même à insister sur le fait qu’il faut voir Wildwood si vous en avez la chance! Un film de cette ambition est un petit miracle en soi, et dans le monde des arts, il ne faut pas laisser passer les miracles qui passent.
À écouter : Alexei’s Story, Time to Go Back, The Better Part of Bravery
9,2/10 (dans le film) // 7,8/10 (hors contexte)
Par Olivier Dénommée
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