CHRONIQUE : Soleil et trad au rendez-vous à Saint-Antoine

Liette Remon, chevreuille de le 22e édition de Chants de Vielles / Photo : Olivier Dénommée

Par Olivier Dénommée

La 22e édition du festival Chants de Vielles de Saint-Antoine-sur-Richelieu s’est terminée dimanche après trois jours bien condensés de musiques traditionnelles. On a voulu faire un petit compte rendu de notre expérience entourant notre passage pendant une fin de semaine où la belle température et les sourires étaient omniprésents.

Vendredi 3 juillet

Notre festival à vraiment débuté à 17h30, devant une petite scène extérieure gratuite pour assister à la représentation des Cravates Folkloriques, un groupe d’élèves du secondaire de l’école secondaire Ozias-Leduc de Mont-Saint-Hilaire. Le groupe n’existe que depuis quelques mois, mais c’est fascinant de constater tout le talent qui se cache dans ces jeunes qui ont un intérêt pour la musique traditionnelle, un genre qu’on n’associerait pas spontanément à la jeunesse du secondaire! On sent que cet intérêt est en grande partie dû au charisme d’Émile Garand, fondateur du groupe, qui a su convaincre d’autres élèves de se joindre à lui et de jouer autant des reels intemporels que de ses compositions originales. Durant la performance d’une trentaine de minutes, s’il ne mentionnait pas que les pièces étaient ses créations, on n’y aurait vu que du feu, signe qu’il maîtrise déjà à son âge les codes du trad.

Les Cravates Folkloriques / Photo : Olivier Dénommée

Mention toute spéciale à ses interventions entre les pièces : Émile Garand est spontané et très drôle lorsqu’il prend la parole. Ce n’est pas encore un conteur comme d’autres vieux routiers du trad, mais il y a quelque chose de fort sympathique à l’entendre nous promettre que l’interprétation de la prochaine pièce sera «adéquate». D’un point de vue d’un festivalier, ce beau moment de légèreté dans le plaisir avec les Cravates Folkloriques était le départ parfait pour une édition réussie de Chants de Vielles.

Les moments forts du festival se trouvent bien souvent dans les grands concerts de début de soirée. En ouverture, on a eu droit à une découverte, suivie de deux incontournables.

La soirée a débuté à 19h30 avec le duo Laura Cortese et Bert Ruymbeek, un couple improbable composé d’une Américaine et d’un Flamand. On ne connaissait pas ces musiciens, qui ont ouvert tout doucement la soirée avec du violon, de l’accordéon et un peu de chant, explorant les racines des membres du couple. On ose aussi croire que Laura Cortese a été bien accueillie par les gens de Saint-Antoine même si elle vient d’un pays avec qui nos relations ne sont pas au meilleur en ce moment, d’autant plus que le couple, qui ne parle que très peu français, a consacré une chanson dans cette langue pour le public de Chants de Vielles. Un moment fort du set a été l’interprétation d’une «protest song» de Woody Guthrie, montrant aussi leur côté plus engagé.

Bert Ruymbeek et Laura Cortese / Photo : Olivier Dénommée

L’énergie n’a fait qu’aller en augmentant à partir de là, puisque juste après est arrivée l’indescriptible Édith Butler. On la connaissait évidemment de réputation, mais c’était la première fois qu’on la voyait en live et il faut dire qu’on a oublié bien assez vite qu’elle avait déjà 84 ans! Entourée de ses musiciens, elle était vraiment là pour mettre le party et faire rire avec ses nombreuses anecdotes, racontées avec son accent bien à elle. Musicalement, on s’est même surpris à reconnaître beaucoup plus de chansons qu’on pouvait imaginer, culminant à la toute fin avec LA chanson qui lui restera toujours collée à la peau, Paquetville. Difficile de faire beaucoup mieux comme comme progression de spectacle!

Édith Butler au milieu de ses musiciens / Photo : Olivier Dénommée

C’est Le Vent du Nord, qu’on en viendrait presque à qualifier de house band tellement ses membres sont impliqués de près dans toutes les facettes de l’organisation du festival, qui a eu le plaisir de clore cette première soirée. L’an passé, le groupe avait plutôt joué en clôture et, si ses membres sont toujours capables faire bouger leur public peu importe les circonstances, on doit reconnaître que le niveau d’énergie du Vent du Nord était vraiment plus élevé ce vendredi! Il faut dire que ce n’est pas anormal de penser qu’un groupe a plus d’énergie un vendredi qu’après avoir couru partout pendant toute une fin de semaine! On a eu l’occasion d’entendre plusieurs des chansons récentes du groupe, parues ces automne dans l’album Voisinages, avec un plaisir et une complicité contagieuse. Nicolas Boulerice, lui-même résident de Saint-Antoine, semble toujours avoir l’énergie à 200% lorsqu’il joue à la maison, et c’était particulièrement beau à voir pendant la représentation. Le groupe a même été visité par la «chevreuille» de l’édition, Liette Remon, qui s’est imposée comme si de rien n’était au milieu d’une gang de gars le temps d’une chanson. On a dû partir peu après, route oblige, mais cette première soirée augurait franchement bien pour la suite de cette 22e édition.

Le Vent du Nord / Photo : Olivier Dénommée

Dimanche 5 juillet

Après une journée à l’extérieur, on a voulu revenir à Chants de Vielles pour l’ultime soirée. On est arrivé juste à temps pour assister au grand concert de clôture, avec encore trois groupes, tous incontournables à leur façon.

À commencer par La Belle Petite Équipe, une formule réduite en trio du quatuor La Belle Équipe, composée à moitié de Québécois et de Bretons venus fusionner leurs influences et leurs racines, en plus de ratisser encore plus large en touchant aux sons de l’Irlande et des Antilles notamment. On y retrouvait ainsi Roland Brou, Paul Marchand et la chevreuille Liette Remon. Les histoires entre les chansons étaient par ailleurs presque aussi intéressantes que les œuvres en elles-mêmes et c’étaient de belles retrouvailles pour le groupe qui avait connu son baptême à Chants de Vielles il y a une dizaine d’années déjà. Ce spectacle était aussi un rappel que ces musiciens, qui ont aujourd’hui toute la tête blanche, ont le trad dans le sang et que leur plaisir est certainement aussi contagieux qu’il ne l’était il y a des décennies quand chacun a commencé la musique. C’était vraiment un beau condensé de ce que le trad a de mieux à offrir! Inclusive à souhait, La Belle Petite Équipe n’a pas hésité à faire appel, le temps d’une chanson, au talent au triangle de Nadine Landry. Le set s’est aussi terminé avec l’arrivée de Josiane Hébert et Stéphanie Lépine, avec qui Liette Remon se fait appeler «Les Petites Madames», pour un moment plus féminin assumé au milieu d’un groupe normalement majoritairement masculin.

La Belle Petite Équipe / Photo : Olivier Dénommée

La balance de genres a complètement changé de bord juste après, puisque Galant, tu perds ton temps a ensuite pris la place, défendant son tout nouvel album Sur le faîte, avec une bonne humeur des plus contagieuses. Il faut dire que c’est aussi ouvertement l’album le plus positif du groupe, qui pour une fois se donne une pause de parler de filles qui se font agresser ou tuer dans leurs chansons! La complicité avec Louis-Simon Lemieux, seul membre masculin de la formation, était aussi palpable et il a même eu son moment pour briller. Liette Remon a fait une apparition durant le set, pour chanter la très ludique J’ai un beau corps d’Angèle Arsenault avec les filles, qui a su attirer plusieurs rires de par ses paroles! Galant a plus tard aussi invité sur scène Stéphanie Lépine, la «membre à vie» du groupe qui est là dès qu’une des filles doit être remplacée, une réalité qui semble visiblement affecter les femmes plus que les hommes qui décident d’avoir des enfants, assez savoir pourquoi!

Galant, tu perds ton temps / Photo : Olivier Dénommée

Et la représentation finale de notre festival? Nul autre que le groupe mexicain Los Vega, qui défend le jarocho traditionnelle de la région du Veracruz. En formule trio ou parfois quatuor, le groupe a livré une musique qui correspond à peu près à la température ambiante. Les musiciens ont parlé un peu anglais, mais on plus souvent qu’autrement bifurqué vers l’espagnol, racontant avec passion leur histoire et celle de leurs chansons (c’est du moins ce qu’on a deviné, parce que notre espagnol n’est certainement pas au point!). Après une fin de semaine à principalement entendre du trad québécois, c’était tout un changement d’énergie de passer au trad mexicain, avec ses nuances et ses subtilités. Certains pourraient se dire qu’ils trouvent dommage de ne connaître aucune chanson traditionnelle mexicaine, mais c’est là que Los Vega nous a surpris avec une petite chanson appelle… La Bamba! Ce n’était évidemment pas la version popularisée par Ritchie Valens, mais soudainement l’espace devant la scène est devenu une vraie piste de danse! Difficile de faire mieux comme conclusion!

Los Vega / Photo : Olivier Dénommée

Une première

On a mentionné à quelques reprises une «chevreuille» dans ce texte et, non, ce n’est pas une erreur! Chaque année, Chants de Vielles choisit un musicien doté d’une grande expérience pour lui donner des privilèges de s’inviter dans les performances des autres artistes au cours du festival, l’appelant le «chevreuil». Depuis les débuts de la pratique, c’était uniquement des hommes qui ont reçu l’appel… jusqu’à cette année, où c’est Liette Remon qui a été invitée. Plusieurs se sont demandé si le nom devait être changé, pour biche ou chevrette, mais la principale intéressée a dit apprécier «chevreuille» en version féminisée. Elle s’est aussi dite honorée d’être invitée à occuper ce rôle durant la 22e édition et a eu beaucoup de plaisir à jouer avec des musiciens qu’elle connaît, mais avec qui elle n’avait jamais eu la chance de partager une chanson. Elle garde une place spéciale dans son cœur pour ce festival, qui n’est pas le plus gros qu’elle a pu fréquenter, mais qui a l’avantage la fait sentir comme dans une grande fête entre amis. À voir comment étaient heureux les musiciens de monter sur les différentes scènes du festival, on comprend assez vite de quoi elle parle!

Depuis qu’on couvre Chants de Vielles, on est bien rarement déçu, et cette année n’a pas fait exception. En fait, avec le beau temps, c’était aisément une des éditions les plus festives qu’on a vues depuis longtemps. On a bien collectionné quelques ampoules aux pieds, mais c’était un bien mince sacrifice pour les beaux souvenirs qui y ont été créés. On a envie de dire que c’est un rendez-vous pour 2027!

À voir demain : un album photo plus complet des images captées pendant cette édition de Chants de Vielles!

(Toutes les photos : Olivier Dénommée)


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