CHRONIQUE : L’Orchestre de la francophonie, comme dans la cour des grands

Élisabeth Pion, la soliste du programme / Photo : Jeremy Fokkens

Par Olivier Dénommée

Même si l’Orchestre de la francophonie (ou OF), une académie orchestrale établie à Montréal pour donner un avant-goût du climat d’un orchestre professionnel pour de jeunes musiciens talentueux d’un peu partout à travers le monde, existe depuis 2001, on n’avait encore jamais eu l’occasion d’assister à un de ses concerts. On a toutefois remédié à la situation le 2 août dernier avec le concert de clôture du stage de 6 semaines, à la Maison symphonique de la Place des Arts.

Chaque année, une cinquantaine de jeunes de différents pays participent à l’Orchestre de la francophonie, et montent une série de concerts avec beaucoup de sérieux. On n’a pas suivi l’ensemble du processus, mais le concert final nous a vite fait oublier qu’il s’agissait d’un stage et que l’on n’avait pas encore devant nous des musiciens professionnels. Il faut aussi dire qu’ils étaient accompagnés par une équipe solide, avec notamment Julien Proulx nouvellement à la direction artistique. De plus, ce concert final a été ponctué par la présence toujours remarquée de la pianiste Élisabeth Pion, qui a brillé par sa virtuosité et sa sensibilité.

Pour son dernier programme de la saison 2026, l’Orchestre de la francophonie a mis le paquet avec un programme d’environ 90 minutes assez ambitieux. En ouverture du concert, on a justement eu droit à une Ouverture – celle de l’opérette Die Fledermaus de Johann Strauss II, dirigée par Marie-Claire Cardinal, cheffe assistante de l’Orchestre de la francophonie. La pièce a bien réchauffé l’orchestre, et le public, pour ce qui allait suivre.

Le chef principal et directeur artistique de l’OF, Julien Proulx, a par la suit fait son apparition et nous a décrit avec passion les deux pièces suivantes, deux créations contemporaines que nous avons pu entendre pour la toute première fois, respectivement de Charles-Vincent Lemelin et de Louis-Michel Tougas. Les compositions atmosphériques et plutôt tendues nous rappellent que l’on n’écouterait pas nécessairement un concert complet de musique contemporaine, mais il était intéressant de voir les musiciens être pleinement concentrés pour jouer la partition à la perfection. C’est aussi là qu’on doit noter qu’on a constaté qu’on n’avait pas pleinement affaire à un orchestre professionnel : il manquait une certaine «chorégraphie» parmi les membres d’une même section, alors qu’on a été habitué à voir des gens bouger exactement de la même façon en même temps. Ici, on a reconnu l’intention, mais certains musiciens bougeaient à leur façon, que ce soit pour se mettre dans le flow de la musique ou même pour garder le tempo. Ceci étant dit, on n’a rien noté musicalement à redire et la performance a été à point, sous la direction efficace de Julien Proulx.

L’Orchestre de la francophonie a par la suite laissé place à la vedette du concert, la pianiste Élisabeth Pion, venue interpréter le Concerto pour piano no 1 de Felix Mendelssohn. Si on ne connaissait pas spécifiquement cette œuvre d’une vingtaine de minutes, on a beaucoup apprécié la combinaison de passages vertigineux au piano et ceux plus émotifs. La pianiste est expressive dans son jeu et on s’est facilement laissé porter par son jeu, elle qui a même réussi à nous faire croire que tout était si facile tellement elle a été en contrôle du début à la fin! On en oublie que l’OF l’accompagnait, mais l’orchestre a parfaitement rempli son mandat, menant à un entracte plus que mérité.

L’Orchestre de la francophonie / Photo : capture d’écran

La fin du concert revenait à une œuvre de 40 minutes, la Symphonie no 4 de Johannes Brahms, une œuvre que Julien Proulx affectionne particulièrement, et avec raison. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette musique qui est à donner des frissons, et c’était certainement le parfait défi final pour le stage de la cohorte 2026 de l’OF. Les mots ne suffisent pas pour les œuvres comme celles-là, mais on peut dire que c’est mission accomplie pour les musiciens qui ont tout donné et qui sont, on l’espère, maintenant tous fin prêts pour une carrière professionnelle florissante.

Un mot quand même sur le public, souvent le «maillon faible» des concerts classiques auxquels on assiste : le public n’était pas excessivement nombreux, ce qui peut s’expliquer par le fait qu’il ne s’agissait pas d’un «vrai» orchestre professionnel (on devine que l’OSM qui aurait présenté le même programme aurait fait salle comble assez aisément) et que les billets n’étaient pas nécessairement abordables pour toutes les bourses, mais plus de gens auraient assurément bénéficié de vivre ce beau moment en musique. Ceci étant dit, tous les gens présents dans la salle n’étaient pas aussi concentrés qu’on l’aurait souhaité : beaucoup de gens chuchotaient plus ou moins discrètement durant les performances et un nombre très élevé d’anglophones étaient présents pour un concert d’un orchestre dit de la francophonie. On devine qu’il s’agit de membres de la famille des musiciens, surtout que l’on parle de gens de partout au Canada, mais aussi de la France, de la Suisse, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Colombie.

C’était notre premier vrai contact avec l’Orchestre de la francophonie, mais on se permet d’espérer que nous aurons d’autres occasions dans le futur d’écouter le talent de la relève musicale mondiale, simplement parce que c’est tellement inspirant de voir à l’œuvre ces musiciens au talent brut qui se préparent lentement mais sûrement à la «vraie vie» d’un membre d’orchestre professionnel de haut calibre. Et sachant que Julien Proulx restera à la tête de l’orchestre pour au moins deux autres années, on n’a aucune crainte que que les futurs stagiaires seront encore entre bonnes mains.


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