
Interprété par l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières et Alain Trudel
Sorti le 11 juin 2026
Pour le commun des mortels, quand on parle de la musique du compositeur français Maurice Ravel, on pense instinctivement à son fameux Boléro, encore une des œuvres classiques les plus facilement reconnaissables aujourd’hui, mais sa carrière va bien au-delà de cette seule œuvre. L’Orchestre symphonique de Trois-Rivières et son chef Alain Trudel ont par ailleurs consacré un enregistrement de certaines œuvres pour orchestre, sur l’album Ravel : Le Tombeau de Couperin et œuvres concertantes, paru il y a quelques mois sur l’étiquette Atma. Deux solistes de grand talent, la harpiste Valérie Milot et la pianiste Élisabeth Pion, sont aussi de la partie dans certaines œuvres.
Le Tombeau de Couperin, M. 68a, l’œuvre principale ici d’une durée d’environ 25 minutes, est une suite en six mouvements rendant à la fois hommage à François Couperin (qui, malgré le titre, était toujours bien vivant au moment de la composition!) et à six amis de Ravel tombés au combat pendant la Première Guerre mondiale, dans un style faisant un clin d’œil à la tradition du 18e siècle. On a droit ici à la version pour orchestre, avec dans certains cas une orchestration de Kenneth Hesketh. On réalise dès les premières secondes du mouvement I. Prélude que l’on est bien loin du Boléro avec une musique vive et pleine de nuances. On serait bien embêté de critiquer la qualité de la composition, 109 ans après qu’elle ait été écrite, mais on a quand même nos passages préférés, surtout ceux où ça bouge un peu plus. On pense donc surtout à IV. Rigaudon, qui contient par ailleurs aussi un bout lent très réussi, et à VI. Toccata, aux arrangements triomphants. Mention également à III. Forlane, qui contient un étrange élément de nostalgie dans ses mélodies, et au côté berçant de V. Menuet. On n’est donc pas surpris de lire que le public l’a adoré dès sa première écoute vers 1919, et l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières lui a bien rendu justice ici.
L’orchestre se fait aussi entendre dans la très mélancolique Pavane pour une infante défunte, M. 19a, avant de passer à Introduction et Allegro, M. 46, où Valérie Milot est invitée. Elle n’a toutefois jamais l’occasion de briller pleinement dans cette œuvre, ce qu’on trouve toujours dommage quand un soliste n’est pas assez mis en valeur, surtout une harpiste flamboyante comme Milot! Peut-être est-ce parce qu’on a affaire ici à une version pour orchestre qui finit par quelque peu diluer la présence de la harpe? On n’a pas comparé avec d’autres interprétations de l’œuvre, mais c’est la réflexion qui nous est spontanément venue en l’écoutant.
Les trois dernières pistes de l’album reviennent au Concerto en sol, M. 83, avec Élisabeth Pion comme soliste, une œuvre d’une vingtaine de minutes, où elle se démarque autant dans les passages plus intenses comme dans I. Allegramente et III. Presto, que dans les bouts lents et sentis comme II. Adagio assai. On a droit à quelques passages vertigineux tout au long de la pièce, qui nous rappelle une fois de plus qu’on a affaire à des musiciens de haut niveau ici.
Un bémol qui revient toutefois au fil de l’album de 63 minutes, surtout dans les morceaux plus doux, est le fait que le son est parfois très faible, nous forçant à écouter l’album essentiellement à plein volume si on voulait tout entendre, au risque de se faire exploser les oreilles lorsque le prochain mouvement plus énergique allait arriver. C’est donc plus une question d’enregistrement et de mixage que de performance des musiciens, mais c’est dommage que l’on ne puisse pas pleinement apprécier l’album Ravel : Le Tombeau de Couperin et œuvres concertantes à un volume d’écoute dit normal. Ceci étant dit, l’album remplit tout de même très bien son mandat de nous faire écouter d’autres œuvres de Maurice Ravel, par ailleurs fort bien interprétées.
À écouter : Le Tombeau de Couperin, M. 68a : IV. Rigaudon, Le Tombeau de Couperin, M. 68a : VI. Toccata, Concerto en sol, M. 83 : II. Adagio assai
Par Olivier Dénommée
En savoir plus sur Critique de salon
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.