
Sorti le 18 septembre 2026
Comme essentiellement la planète entière, on a entendu en 2012 le violent (n’ayons pas peur de dire les vraies choses!) ver d’oreille Call Me Maybe de la Canadienne Carly Rae Jepsen. Si on sait que sa carrière ne s’est pas arrêtée à un seul hit, on n’a jamais trop cherché à suivre son évolution, gardant essentiellement en tête un souvenir un peu trop vif de sa toune! On a quand même été surpris de savoir que Day and Night est déjà la huitième offrande studio de la chanteuse, qui n’a vraiment jamais cessé d’écrire de la nouvelle musique au fil des années, et qui a été encore plus active depuis la pandémie. Plus fou encore : dans une ère où les nouveaux albums ont de la difficulté à durer 30 minutes, elle nous livre un album double de pas moins de 84 minutes! Quiconque n’a pas confiance en son talent ne nous livrerait pas autant de nouvelles chansons, et cette assurance de la part de Carly Rae Jepsen nous a convaincu d’y prêter une oreille.
Le concept de l’album est une moitié «diurne» (Day) et une «nocturne» (Night), chacune avec 12 pistes, un concept assez fréquemment utilisé, mais qui peut fonctionner quand c’est bien amené. Une question qui nous est venue : est-ce que les chansons représentent chacune une heure de la journée ou est-ce simplement une coïncidence que l’on ait affaire à exactement 24 pistes? On n’a pas vu la confirmation dans nos recherches très sommaires sur cette sortie, mais ça donne une bonne idée du portrait auquel on a affaire.
Disque 1
Notons aussi sur les plateformes numériques, où nous avons écouté l’album, les deux portions de l’album ne sont pas clairement identifiées, divisant simplement l’album en deux disques, mais notre pouvoir de déduction nous amène fortement à croire que le premier disque est Day, de par sa pop parfois rétro et souvent assez explosive d’énergie. Et, parlant d’explosif, la première piste, l’extrait After All, donne bien le ton, avec en plus des éléments soul en arrière-plan, permettant d’ouvrir avec force cette sortie. On s’adoucit beaucoup dans Habits of Creatures, sans perdre un côté groovy assez réussi. On est toutefois surpris de réussir à sentir des répétitions dans une chanson de pourtant moins de 3 minutes, comme si Jepsen avait eu une bonne idée qu’elle n’a pas entièrement développée avant d’aller en studio. En revanche, notons l’efficace montée de Versailles, menant à un refrain très pop, mais beaucoup plus digeste que Call Me Maybe si on avait à comparer les deux chansons.
S’ensuit le premier single de l’album, On Wire, donc le premier avant-goût que le public a eu de l’opus à venir à l’époque. On a des sentiments partagés envers elle : les mélodies ne sont pas particulièrement mémorables, et c’est surtout l’explosion dans les arrangements des refrains qui donnent le vrai souffle à la piste. Bref, pas mauvais, mais on n’aurait pas nécessairement utilisé cette chanson pour attirer les gens et les amener à écouter Day and Night. Blue Skies passe à quelque chose d’un peu plus feutré, mais pas moins groovy. Ça s’écoute bien, mais il nous manque la petite coche de plus pour la rendre mémorable, doit-on avouer. Quant à Burning Heart, on assume une pop plus dansante avec une apparente pincée de country dans certains choix mélodiques. Le mélange est loin d’être désagréable et donne un résultat bien assumé.
On passe au folk le temps de Wild Child, nous confirmant que, même sans habillage, Jepsen sait se défendre lorsqu’elle écrit des chansons assez senties. Malgré tout, elle se donne le loisir de bonifier les arrangements dans les dernières 50 secondes, donnant un petit souffle de plus à la chanson. On aurait toutefois coupé le segment final, superflu à nos oreilles. Good Fine Alright donne un petit aperçu de la partie Night de l’album, avec des synthés très présents, donnant une forte présence à l’ensemble de la piste, surchargeant quand même un tantinet la proposition. L’énergie reste toutefois résolument pop ici. Les arrangements sont aux antipodes avec Something Tragic, morceau beaucoup plus dépouillé, où Jepsen fait presque tout le travail, essentiellement aidée d’une batterie bien rythmée. La fin du premier disque manque toutefois un peu de jus, avec Soft qui s’écoute bien, sans trop soulever les passions, une Lonely Side of the Bed entraînante mais pas transcendante et Just a Little Walk on the Moon, avec sa douceur rétro et enveloppante, sans nous avoir fourni de mélodies vraiment fortes pour conclure le disque de façon solide. C’est dommage, parce qu’une bonne partie de ce premier disque se défend vraiment bien!
Disque 2
La deuxième moitié de l’album s’approche pas mal plus de la musique électronique de club, avec une esthétique nous ramenant dans certains cas aux années 90. Commençons par Never Let a Good Thing Die, au dosage dansant assez efficace. Amalfi Coast y va ensuite pour quelque chose d’un peu plus sensuel dans l’approche, bien qu’on peine à vraiment retenir une mélodie forte dans la chanson. On ne retient pas non plus grand-chose dans Patience Power Passion, misant plus sur des mots punchés que sur une composition forte. Au contraire, on se remémorera longtemps de la force de Don’t Leave Me on the Dance Floor.
Une autre chanson mémorable est Motivation, qui a un côté répétitif (mais pas déplaisant) qui reste en tête rapidement. C’est aussi bon pour la nostalgie du début des années 90, époque qui a visiblement inspiré l’énergie de la piste. Mais on se serait passé, une fois de plus, de la fin de la chanson avec son bout parlé. On apprécie beaucoup le côté plus downtempo de You Don’t Know How It Feels, mais on accroche moins sur Near or Far et Diver, mais on apprécie le côté groovy de Hold Me to the Light, qui aurait presque pu se retrouver dans la portion Day de l’album… du moins dans sa première moitié, alors que les arrangements changent quelque peu après le milieu pour s’approcher de l’esprit du reste du disque.
That’s Just Me s’écoute plutôt bien, sans soulever les passions, alors que No Labels, I Love You tente une chanson légèrement plus intense, mais nous convaincre outre mesure – on sent décidément une certaine fatigue à la fin d’un album de cette longueur! Le dernier mot revient à Super Sage, morceau chargé et relativement planant. Ce n’est pas la toune la plus forte que Carly Rae Jepsen aurait pu mettre là, mais ce choix se défend relativement bien quand même, surtout avec la montée du dernier tiers de la piste qui donne tout son sens à la proposition.
Après avoir écouté plusieurs très courts dernièrement, on n’est plus habitué aux opus de plus de 80 minutes, et ça paraît! On ne peut pas blâmer Jepsen pour sa générosité sur cet album, mais on se réserve le droit de mentionner qu’elle aurait très bien pu offrir un album un peu plus serré, quitte à se garder quelques chansons pour une version deluxe pour les fans inconditionnels. Si elle n’avait gardé que la crème de la crème, elle avait potentiellement un album vraiment incontournable dans les mains, mais ses chansons correctes réduisent légèrement sa moyenne au bâton qui demeure, on l’avoue, relativement élevée pour une artiste qu’on a commencé à écouter un peu à reculons. Vraiment, après avoir écouté Day and Night littéralement jour et nuit pendant deux jours (on est concept!), on a complètement oublié que c’est la même fille qui a chanté Call Me Maybe, nous confirmant hors de tout doute qu’elle s’est distanciée de ce style.
À écouter : Disque 1 : After All, Versailles // Disque 2 : Don’t Leave Me on the Dance Floor, You Don’t Know How It Feels
7,6/10
Par Olivier Dénommée
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